Michael Cammalleri était heureux de voir son patron Geoff Molson emboîter le pas à Mario Lemieux, le premier propriétaire à dénoncer publiquement les actions insuffisantes de la LNH en matière de lutte contre la violence.

Mis à jour le 12 mars 2011
Marc Antoine Godin LA PRESSE

«Je crois que nous avons besoin d'un changement de culture, a mentionné Cammalleri. Le hockey étant devenu tellement plus rapide et les joueurs tellement plus gros, on réalise que les traumatismes sont plus prononcés qu'avant.

«Une mise en échec qui causait une épaule endolorie autrefois provoque aujourd'hui une déchirure. Les commotions cérébrales sont aussi plus nombreuses.»

«La NFL a revu ses pratiques en constatant ce qui arrivait aux joueurs au terme de leur carrière. Je crois que le hockey s'en va dans cette direction.»

C'est du moins ce qu'il espère. Mais Cammalleri n'est pas rassuré par le signal lancé par la Ligue nationale quand elle a décidé de ne pas sanctionner Zdeno Chara pour son geste à l'endroit de Max Pacioretty.

«Ce qui me dérange, c'est le message qu'envoie la Ligue en ne suspendant pas Chara, a dit Cammalleri. C'est comme si l'on disait: c'est correct de tuer un gars, en autant que tu le tues à l'intérieur du cadre de nos règlements.»

La loi de la jungle

Mais il n'y a pas que les critères menant à une suspension qui seraient à revoir. Selon l'ailier de 28 ans, le fondement même de la mise en échec doit être remis en question. De la façon dont elle est enseignée depuis des années, les hockeyeurs en perpétuent une utilisation qui est dénaturée.

«Allons-nous revoir les contacts comme des jeux de hockey, servant non pas à faire mal à l'adversaire, mais comme une façon de lui soutirer la rondelle? demande Cammalleri.

«Je ne sais pas si ça a déjà été perçu comme ça, mais si oui, quelque chose s'est perdu en cours de route. Car nous avons été élevés avec la mentalité qu'il fallait frapper l'autre avant de se faire frapper. La loi de la jungle, en quelque sorte.

«En ce moment, l'idée de frapper pour faire mal fait partie de la structure du hockey, même s'il y a des balises comme l'interdiction des coups à la tête venant en angle mort.»

C'est frappant de voir les joueurs du Tricolore parler de mises en échec et en faisant référence à ce qu'on leur a enseigné.

«On nous dit depuis l'âge de 10 ans qu'on peut se faire arracher la tête en coupant par le centre de la patinoire», nous a dit Ryan White l'autre jour.

«On a grandi avec la mentalité selon laquelle on frappe pour infliger des dommages et que ça fait partie du hockey, a renchéri Jeff Halpern, hier.

«C'est là où se trouve la zone grise dans plusieurs de ces coups.»

Arrêter d'être stupide

Comme on l'a constaté avec Henrik Sedin, Joe Thornton et maintenant Cammalleri, des voix discordantes parmi les joueurs commencent à s'élever et remettent en doute certains diktats de la LNH.

«Peut-être avons-nous besoin d'un changement de culture, a répété Cammalleri. Mais c'est une grosse étape à franchir et les gens ont peur du changement.»

Chose certaine, l'attaquant du Canadien n'est pas seul à faire ce genre de réflexion. L'ancien du CH Ken Dryden, aujourd'hui député à la Chambre des communes, réclame lui aussi un changement dans les mentalités.

«Les arguments et les explications ne servent plus à rien, a écrit le légendaire gardien dans une lettre ouverte publiée par le Globe and Mail. La LNH doit prendre le risque de franchir de grands pas qui sont nécessaires. Si certains de ces pas échouent, ils échoueront quand même beaucoup moins que ce qui prévaut actuellement.

«C'est le temps d'arrêter d'être stupide.»