Pierre Beauchamp a été témoin de nombreux cas de dépression chez des athlètes de pointe à la retraite. Dont plusieurs hockeyeurs.

Mathias Brunet LA PRESSE

Contrairement à un certain courant de pensée, l'argent ne contribue pas à atténuer la détresse psychologique d'un athlète qu'on prive subitement de sa raison d'être principale, estime ce psychologue sportif spécialisé dans le domaine.

«Ne serait-ce que sur le plan physiologique, le choc est énorme parce que les athlètes ne s'entraînent plus deux fois par jour. Il faut du temps pour que le système hormonal se replace. C'est pourquoi on les encourage à être physiquement actifs», explique M. Beauchamp, qui travaille au sein du Comité olympique canadien. Ce spécialiste a d'ailleurs offert des programmes de réorientation de carrière à l'Association des joueurs de la LNH et a prononcé des conférences sur le sujet aux quatre coins du monde.

Et il y a la réaction psychologique, souvent brutale. «Selon les études menées auprès de hockeyeurs, de footballeurs, de basketteurs et de joueurs de soccer, 75% des athlètes ont un deuil important à vivre lorsqu'ils prennent leur retraite. Pour nombre d'entre eux, il s'agit d'une rupture forcée, en raison d'une blessure, d'une terminaison de contrat ou d'un retrait de la formation. Ils sont âgés de 28 à 35 ans et ils ont encore 50 ans devant eux. Le vide est énorme. L'argent peut contribuer à éliminer un facteur de stress, mais pas tous les autres.»

Les deuils sont multiples selon M. Beauchamp: «Il y a la perte de statut, la crise identitaire, la perte de direction, le sentiment de perte de contrôle, d'identité et de soutien social. Ce dernier aspect est important. Le joueur a passé son existence en groupe, entouré de personnel médical, d'entraîneurs et de coéquipiers. Du jour au lendemain, il se retrouve seul à la maison. C'est un changement dramatique dans le quotidien d'un individu.»

Nouvelle équipe

Il existe plusieurs moyens pour un hockeyeur qui cherche à retrouver son identité et sa place dans un nouveau contexte social. «Il est important de former une nouvelle équipe pour les entourer. Certains se lancent en affaires. C'est une façon de recréer le sentiment d'appartenir à une équipe, de chercher un appui positif et de donner une direction à leur vie. Ils peuvent aussi recourir aux services de professionnels de la santé comme un psychologue, par exemple. Si on reste chez soi et qu'on gère mal la situation, on se place dans une position d'où il est difficile de sortir. On n'a qu'à penser à John Kordic, Bob Probert ou Chris Nilan qui ont vécu des problèmes d'alcool ou de drogue.

«Mais l'être humain a des ressources et il y a plusieurs exemples très positifs, ajoute-t-il. Dans le cas de Mathieu Dandenault et Enrico Ciccone, le partenaire de vie a joué un rôle important. Je les félicite parce qu'ils ont vécu une transition positive. Ils ont trouvé de nouveaux défis. Ce sont des modèles. Les représentations publiques aident aussi les anciens athlètes à acquérir des habiletés de communication. Travailler à la radio, à la télé, en vente. Les athlètes peuvent commencer à tâter ces domaines pendant leur carrière pour faciliter le processus qui suivra. Joël Bouchard, qui fait un très bon boulot à RDS, constitue un bel exemple. Vincent Damphousse aussi. Sa carrière dans les affaires semble bien se porter.»

Les études

Les études peuvent aussi être déterminantes. «J'encourage tous ceux qui ont la chance de poursuivre leurs études avant d'entamer leur carrière de le faire. La réorientation est plus facile, même s'il y a un ajustement physiopsychologique inévitable à vivre lorsqu'on arrête de jouer. Ça fournit une base solide. Parce qu'on parle des anciens joueurs de la LNH, mais plusieurs joueurs ont terminé leur carrière dans la Ligue américaine, la Ligue de la côte Est ou encore l'Europe. Ils ont les mêmes problèmes sans compter qu'ils n'ont pas la même sécurité financière.»

Heureusement pour les hockeyeurs à la retraite, davantage de ressources s'offrent à eux en 2010.

«On est plus conscientisés, dit ce psychologue sportif. Il y a désormais des études et des programmes là-dessus. Le Canadien de Montréal est d'ailleurs à l'avant-garde dans ce domaine et éduque ses jeunes joueurs. Ils écoutent d'une oreille distraite parce qu'ils sont concentrés sur leur carrière, mais ça plante une semence. Le Canadien ramène aussi les anciens dans son giron. Ceux-ci ont un peu de reconnaissance. Je trouve ça bien. Juste de faire partie de la famille du Canadien aide les anciens à se revaloriser. D'autres équipes ont des programmes en ce sens. Certaines agences de joueurs communiquent aussi avec moi pour aider un de leurs joueurs à se réorienter. Les mentalités évoluent.»