Où était Mathieu Darche il y a un an? Dans la Ligue américaine, avec les Pirates de Portland. Dans un coin un peu perdu du Maine.

Mis à jour le 11 mars 2010
Richard Labbé LA PRESSE

C'est là, dans ce bled, que Darche a pensé un instant que c'était peut-être la fin de sa carrière. Parfois pensé à ce qu'il allait faire ensuite, après le hockey. Il a pensé à tout ça, mais n'a pas pensé qu'un jour, il allait marquer deux buts dans l'uniforme du Canadien lors d'un match au Centre Bell.

En fait, il n'a pas pensé qu'un jour, il deviendrait un membre important du Canadien. «Disons que je n'aurais pas parié là-dessus il y a un an», avoue-t-il au bout du fil.

C'était jour de congé pour les membres du Canadien, hier. Un cadeau de l'entraîneur Jacques Martin pour la belle victoire de la veille face à Tampa. Jour de congé ou pas, Mathieu Darche était quand même disponible pour causer hockey au téléphone. Parce qu'il est comme ça, Mathieu Darche. Il aime le hockey. Au fait, saviez-vous qu'il avait brièvement contemplé l'idée de retourner à Hamilton pour jouer avec les Bulldogs lors de la pause olympique?

Il est comme ça, qu'on vous disait.

«Le hockey, j'en mange, a-t-il ajouté. Quand je suis chez moi, je regarde des matchs à la télé. J'aime ce que je fais. C'est sûr qu'il y a un an à Portland, j'ai un peu pensé à ce que j'allais faire à ma retraite. C'est normal, j'ai 33 ans. Mais en même temps, j'avais confiance en moi, en mes habiletés.»

Une offre sérieuse

À l'été, Darche s'est fait courtiser par des clubs d'Europe. Il y avait ce club allemand, entre autres. Une bien belle offre, sérieuse et tout. Un salaire net de plus de 100 000 euros. Voiture fournie, maison fournie. «Seulement la bouffe à payer», explique Darche.

Mais il a dit non à l'Europe. Parce qu'il croyait encore en lui, en ses chances de revenir un jour dans la LNH. C'est là que le Canadien lui a fait signe, à l'été. Offre d'une saison, contrat à deux volets; 600 000$ s'il joue dans la Ligue nationale, 200 000$ s'il joue dans la Ligue américaine.

«Je ne me racontais pas d'histoires avec le Canadien. D'ailleurs, quand j'ai signé mon contrat, on m'a dit que c'était pour aller à Hamilton. Mais Julien Brisebois (le DG des Bulldogs) a été super correct. Il m'a dit que le Canadien avait l'habitude de rappeler ceux qui le méritent en cours de saison. Peu importe le statut du joueur, peu importe son âge où son rang au repêchage.»

Mathieu Darche ne sait pas trop qui, dans l'organisation du Canadien, avait un oeil sur lui. Peut-être Guy Boucher, l'entraîneur à Hamilton? «Je le connais, il était assistant à l'Université McGill quand je jouais là-bas, j'imagine que ça ne m'a pas nui. Je peux vous dire qu'avec Guy à Hamilton, je suis devenu un meilleur joueur.»

Bien sûr que Mathieu Darche savoure ces moments. Il a marqué deux buts mardi soir contre Tampa, et ça lui fait maintenant cinq buts et quatre passes pour neuf points en 18 matchs dans l'uniforme bleu, blanc et rouge.

Pas si pire pour un vieux dont plus personne ne voulait, incluant les Sabres de Buffalo, la saison dernière. «J'ai joué à Tampa (en 2007-08), mais après la vente du club, je ne faisais plus partie des plans. Alors j'ai signé un contrat d'un an avec les Sabres, mais je n'ai jamais eu ma chance à Buffalo. Quand j'ai appris que les Sabres me cédaient à leur club-école de Portland, je suis allé voir le gérant de l'équipement, et il m'a dit que mes bâtons étaient déjà rendus à Portland!»

Non, il ne pense pas à l'an prochain. Parce que ce sera tout à recommencer, une autre fois. Encore négocier. Encore vendre sa salade. Encore tenter de se faire une place. La chanson, il la connaît. La différence, c'est que cette fois, il pourrait se retrouver en position de force. Surtout s'il continue comme ça.

«C'est certain que je suis rendu à un âge où j'ai besoin d'un peu de stabilité. Mais honnêtement, je ne pense même pas à ça. Ce n'est pas le moment. On est en pleine course pour une place en séries, et j'aurai amplement le temps de penser à ça plus tard.»

Sur ce, Mathieu Darche a pris congé et fermé l'appareil. Oui, c'était jour de congé pour l'équipe, mais si ça se trouve, il s'est probablement présenté quand même au centre d'entraînement pour patiner un peu.

Parce qu'il est comme ça.