Brian Hayward était sous les palmiers de Tampa quand je l'ai appelé. Analyste aux matchs des Ducks d'Anaheim, l'ancien gardien du Canadien ne voit pas souvent le CH en action ces jours-ci. Ce qui ne l'empêche pas de savoir que ça brasse par chez nous.

Richard Labbé LA PRESSE

«Je vais commencer par dire que je ne connais ni Carey Price ni Jaroslav Halak personnellement, a-t-il lancé d'emblée. Je vois surtout les clubs de l'Ouest. Mais je crois comprendre que le Canadien a deux bons jeunes gardiens au talent égal. Et je crois comprendre que les deux veulent jouer...»

Deux bons gardiens, les deux qui veulent jouer. Ce joyeux scénario, Brian Hayward le connaît très bien. À la fin des années 80, Hayward était le substitut derrière un certain Patrick Roy. Il voulait jouer, bien sûr, mais il savait très bien qu'il n'aurait jamais cette chance à Montréal, là où la direction avait déjà choisi son gardien d'avenir.

Ça ne vous rappelle pas quelque chose?

«Je dois dire que c'était différent à la fin des années 80, parce que les médias n'étaient pas nombreux comme aujourd'hui, se souvient Hayward. À l'époque, j'allais être joueur autonome sans compensation, et je voulais obtenir ma chance. Je ne pouvais plus rester avec le Canadien, parce que je jugeais que ce n'était pas bon pour l'équipe; je voulais jouer, et je savais que je n'allais pas être un bon coéquipier en restant avec le Canadien.»

Ce qui est arrivé avec Roy et Hayward n'est pas exactement identique à ce qui arrive présentement avec Price et Halak. Hayward était plus vieux que Roy - cinq ans de différence entre les deux hommes - et Roy avait déjà une Coupe Stanley sous la cravate, ce qui, bien sûr, n'est pas le cas de Carey Price. Mais à la base, le portrait est le même: deux gars qui veulent jouer, et un vestiaire trop petit pour les deux hommes.

«Le fait d'avoir deux jeunes gardiens qui veulent le filet, ce n'est pas une mauvaise chose, ajoute Hayward. Si jamais la situation devient intolérable, un des deux gardiens va exiger un échange. C'est ce que j'ai fait. Mais ça dépend de la relation entre les deux gars, et ça dépend aussi de la relation entre les gardiens et le reste de l'équipe.»

À ce chapitre, je pense que Jaroslav Halak a une sérieuse avance sur Carey Price. Le Sauveur peut bien faire le pitre avec Markov pour les caméras, sa réputation de jeune homme immature et désinvolte grossit un peu plus à chaque gaffe. On rappelle souvent que Price n'a que 22 ans? C'est vrai. Mais j'ajouterais qu'il n'a plus 15 ans non plus. Comme dirait Jean-Paul Sartre, à un moment donné, un gars doit se prendre en main.

En attendant, la bataille Price-Halak est plutôt inégale. Price, le choix de première ronde, va avoir toutes les occasions d'en sortir gagnant. Beaucoup plus que Halak, le choix de neuvième ronde.

«Mais ça, ça ne devrait avoir aucune incidence sur le choix du gardien, croit Hayward. La seule chose qui devrait compter, c'est la performance. La seule chose qui devrait compter, c'est la victoire.»

Bien d'accord. La seule chose qui devrait compter, en effet, c'est la victoire. En suivant cette logique, c'est Jaroslav Halak qui devrait être le numéro un jusqu'à la fin de la saison.

L'ennui, c'est qu'avec le Canadien, la logique prend souvent le bord.

Markov et les médias

J'ai toujours aimé Andrei Markov. Homme de peu de mots, flegmatique, le genre à laisser son jeu parler pour lui. Bref, rien à redire sur le 79, qui est par ailleurs un gars bien sympathique et plutôt comique quand ça lui tente.

Mais notre ami Andrei devrait peut-être suivre un petit cours de journalisme 101. Contrairement à ce qu'il croit, le rôle du journaliste sérieux n'est pas d'appuyer le CH sans réserve et de mettre des fanions tricolores sur sa voiture. Le rôle du journaliste sérieux, c'est de rapporter les faits.

Même quand les faits sont fatigants.