De Michigan à Calgary, en passant par Manchester et Los Angeles, Mike Cammalleri vit dans ses valises depuis quelques années. Avec un nouveau contrat de cinq ans en poche, il accomplit enfin son rêve: s'enraciner avec une équipe.

Mis à jour le 9 oct. 2009
Marc-Antoine Godin LA PRESSE

C'est souvent au montant des contrats que les gens s'attardent. Mais dans le cas de Mike Cammalleri, ce qui est le plus révélateur, c'est sa durée.Fort d'une entente de cinq ans avec le Canadien, Cammalleri peut enfin faire ce dont il rêvait depuis longtemps: s'implanter quelque part. S'enraciner au sein d'une organisation.

C'est un sentiment qu'il a déjà éprouvé à l'époque où il jouait à l'université. Mais Cammalleri savait bien que cela restait une étape transitoire, un tremplin. Ses débuts chez les professionnels ne lui ont guère donné de pierre d'assise.

«À mes deux premières saisons, je faisais la navette entre les Kings de Los Angeles et la Ligue américaine, raconte Cammalleri. J'essayais de m'implanter, de faire ma place. Puis il y a eu le lock-out.»

Aux côtés des Dustin Brown, Tom Kostopoulos et Mathieu Garon, il a explosé avec 46 buts et 109 points dans la Ligue américaine.

«À Manchester, j'ai été chanceux de jouer sous les ordres de Bruce Boudreau, qui a eu une très grande influence sur ma vie. C'est un entraîneur passionné et je me suis retrouvé dans cette passion-là.»

Mais puisque le rêve de tout bon hockeyeur est d'atteindre la Ligue nationale, Cammalleri n'allait pas faire de vieux os dans la Ligue américaine. Ce n'est certainement pas là qu'il allait s'implanter. Et comme il allait s'en apercevoir, ce n'était pas à Los Angeles non plus.

«Quand j'ai commencé ma carrière avec les Kings, je croyais que je passerais toute ma carrière avec eux, confie l'ailier de 27 ans. Puis, l'an dernier, les Flames sont venus me chercher parce qu'il restait une seule année à mon contrat. Je savais que je ne resterais probablement pas à Calgary si l'on ne gagnait pas tout de suite, car l'équipe avait des problèmes de plafond salarial.»

Cammalleri venait d'atteindre des sommets personnels dans la LNH avec 39 buts et 82 points. Il allait pouvoir enfin choisir son point de chute.

Une atmosphère familiale

Né d'un père italien et d'une mère juive dont les parents sont des survivants de l'Holocauste, Cammalleri a toujours eu la fibre familiale très développée.

«Ce n'est pas quelque chose qui nous a été enseigné, ça fait carrément partie de notre culture, affirme le nouveau numéro 13 du CH. On peut tracer un parallèle entre ma famille et ma venue à Montréal. D'une part, ça m'a permis de me rapprocher de la maison. Ma famille pourra plus facilement venir me voir et passer du temps avec moi. Mais cette nouvelle situation me donne aussi la chance de me planter les pieds quelque part. C'est sûr que j'ai envie de créer une atmosphère familiale au sein de l'équipe.»

Cammalleri espère que la nouvelle mouture du Canadien développera camaraderie et fraternité.

«Quelqu'un a déjà dit: dans les bonnes équipes, les joueurs ont confiance en eux; dans les grandes équipes, les joueurs se font confiance entre eux. Je sais que de nos jours, avec tous les mouvements de joueurs, c'est plus difficile de créer un sentiment de famille. Mais il faut essayer de s'en approcher le plus possible.»

Pourquoi?

Cette fraternité qu'il souhaite voir chez le Canadien, Cammalleri l'a déjà vécue à l'époque où il portait les couleurs des Wolverines de l'Université du Michigan. Mike Komisarek était son coéquipier.

«Il y a ce sentiment de famille parmi tous ceux qui ont joué pour Michigan, explique-t-il. Max Pacioretty n'a passé qu'une saison là-bas, et c'était plusieurs années après moi. Mais puisqu'on a tous les deux connu les mêmes rites, les mêmes expériences, on a tout de suite développé un lien.»

Les Wolverines représentent l'équipe la plus prestigieuse dans le circuit de la NCAA. Michigan est au hockey universitaire américain ce que le Canadien est à la LNH, affirme Cammalleri. «On a l'habitude de demander aux étudiants de première année pourquoi ils ont choisi Michigan. Lorsque j'étais là, je me souviens qu'un gars avait répondu devant tout le monde: "Parce que c'est Michigan!" C'est la même chose. Pourquoi suis-je venu jouer ici? Parce que c'est le Canadien de Montréal!»

«Imaginez si l'on gagne»

Elle est interminable, la liste des joueurs qui, après avoir joint le Tricolore, ont vanté sans conviction son histoire et sa tradition. N'ajoutez pas le nom de Cammalleri à cette liste!

Lorsqu'on lui rappelle qu'il n'avait pas encore 11 ans lorsque le Canadien a remporté la Coupe Stanley la dernière fois et qu'au fond, le passé légendaire de l'équipe doit évoquer bien peu de choses pour lui, il sursaute.

«L'attrait est précisément là! On regarde les murs de ce vestiaire, tous les noms qui sont gravés sur la Coupe Stanley, et l'on se dit que ça fait trop longtemps que l'équipe n'a rien gagné.

«Je suis allé souper avec des coéquipiers tous les soirs pendant le camp. À chacune des conversations, il y a un joueur qui a dit: "Imaginez si l'on gagnait dans cette ville".

«Ce qui est attrayant, c'est de se dire qu'on pourrait être le groupe qui ramènerait enfin la Coupe à Montréal.»

C'est évidemment du Graal qu'il rêve. Mais l'idée d'une simple participation aux séries éliminatoires le stimule aussi.

Car l'ancien choix de deuxième ronde des Kings en 2001 a souvent pataugé dans les bas-fonds à ses premières saisons. Et il n'a vécu que l'an dernier, avec les Flames de Calgary, sa première expérience des séries.

«Je n'ai jamais eu autant de plaisir de ma vie, lance Cammalleri. Et si j'ai choisi le Canadien, c'est que c'est à mes yeux une équipe qui peut être compétitive immédiatement et qui me donnera la chance de retourner dans les séries.»