Au bout du compte, le grand problème de Guy Carbonneau dans le vestiaire du Canadien se résume en une seule phrase: ses joueurs avaient du mal à le suivre.

Richard Labbé LA PRESSE

C'est Alex Kovalev qui a fourni cette explication au terme de l'entraînement d'équipe, mercredi en fin d'après-midi à Brossard. L'attaquant russe a insisté pour dire qu'il n'avait rien contre Guy Carbonneau, mais il a longuement expliqué que l'ancien capitaine du Canadien avait du mal à se faire comprendre derrière le banc.

«Nous avons essayé de jouer du mieux qu'on pouvait avec lui, a commencé par dire Kovalev lors d'un long entretien. S'il n'est plus ici, ce n'est pas nécessairement parce que certains gars étaient contre lui. En fait, je ne crois pas qu'un seul de nos joueurs avait un problème avec lui. Mais parfois, on avait du mal à le suivre.»

«On sentait qu'il voulait traiter tout le monde sur un pied d'égalité, les jeunes comme les vétérans. C'était son style. Je regardais ça et j'essayais de comprendre. Il me laissait sur le banc, j'essayais de comprendre aussi. Parfois, il envoyait le troisième ou le quatrième trio sur la glace lors de l'attaque à cinq. J'essayais de comprendre. Était-il fâché? Voulait-il nous prouver quelque chose? On essayait de comprendre...»

Kovalev a aussi donné en exemple les situations de fin de match, quand Guy Carbonneau pouvait envoyer sur la glace des joueurs de soutien alors que l'équipe était désespérément à la recherche du but égalisateur

«Quand il jouait, il était ce type de joueur, un joueur défensif, alors j'imagine qu'il voulait faire jouer des gars comme ça dans ces situations, a répondu Kovalev. Est-ce qu'il pensait trop comme un joueur? Peut-être. Quand tu es un entraîneur, tu dois penser comme un entraîneur, pas comme un joueur. Tu dois voir le jeu du point de vue d'un entraîneur, pas du point de vue d'un joueur.»

Autre irritant selon Kovalev: la fameuse question des trios. On le sait, Guy Carbonneau passait beaucoup de temps à chambouler ses trios. Parfois pour le meilleur, parfois pour le pire.

Et ça, ça ne faisait pas toujours plaisir à certains membres du CH, semble-t-il.

«Bien sûr, nous sommes des professionnels, et la question des compagnons de trio ne devrait même pas nous déranger, a reconnu le vétéran. Mais en même temps, il y a une raison pour laquelle certaines équipes emploient les mêmes trios pendant toute une saison. Je me souviens que chez nous, à l'époque de l'Union Soviétique, on avait les mêmes trios pendant des années! Quand tu es toujours avec les mêmes gars, tu peux jouer les yeux fermés, parce que tu sais toujours où tes collègues vont être.»

Sans donner trop de détails, Alex Kovalev a reconnu avoir eu «deux bonnes discussions» avec Guy Carbonneau au cours des dernières semaines. Des discussions qui concernaient son style de jeu, des discussions de stratégie.

Les deux hommes, visiblement, ne voyaient pas vraiment les choses de la même manière.

«Il voulait que je fasse certaines choses à sa façon, a raconté le joueur russe. Parfois, je n'étais pas prêt à modifier mon style de jeu. Mais je n'ai jamais été fâché contre lui. Jamais. On ne peut pas entreprendre un match en étant en furie contre quelqu'un. Je me sens mal pour lui, mal pour la façon dont ça s'est terminé. J'étais très déçu pour lui l'an passé quand il n'a pas obtenu le titre d'entraîneur de l'année.»

Malgré tout, malgré les fameux problèmes de communication tant évoqués, Alex Kovalev estime que si le Canadien se retrouve aujourd'hui en mode survie, ce n'est pas uniquement la faute à Guy Carbonneau.

«Nous nous sommes placés dans cette position, a-t-il conclu. La plus grande différence, c'est que cette saison, on joue comme si on a peur de faire des erreurs. On joue nerveusement. Ce n'était pas le cas la saison dernière.»