Christopher Higgins et Mike Komisarek sont fébriles lorsqu'ils parlent du 4 novembre, Une date qu'ils ont encerclée sur leur calendrier.

Mis à jour le 24 oct. 2008
François Gagnon LA PRESSE

Pourtant, le Tricolore ne fera pas escale à Long Island, où ils ont tous deux grandi et donné leurs premiers coups de patin.

Diable! Le Canadien n'a même pas de match au calendrier le 4 novembre.

Alors, pourquoi attendre cette date avec autant impatience?

Parce que les Américains se choisiront alors un nouveau président.

«Notre pays a rendez-vous avec l'histoire le 4 novembre. Nous élirons le premier Noir de l'histoire à la tête de notre pays ou nous enverrons une première femme à la Maison-Blanche à titre de vice-présidente. C'est donc une élection cruciale et je ne la raterai pas», a lancé Christopher Higgins.

Une élection d'autant plus importante pour le jeune attaquant du Canadien, qui profitera de son droit de vote pour la toute première fois.

Américains et fiers de l'être, Higgins et son compatriote Mike Komisarek font partie du groupe de quelque cinq millions d'Américains qui vivent à l'étranger et qui voteront par la poste.

Deux jeunes politisés

Mike Komisarek considère que les opinions politiques, comme la religion, sont un choix personnel.

«Je déteste même voir des acteurs et des personnalités se servir de leur statut et de leur popularité pour influencer le vote», a lancé le pilier de la défense du Canadien.

S'il refuse de dire s'il portera du bleu ou du rouge devant son téléviseur lors de la grande soirée électorale, Komisarek considère toutefois important de s'intéresser à la politique et surtout à ceux qui font campagne pour être élus.

«Notre pays est à la croisée des chemins. Nous sommes en guerre et nous sommes plongés dans une crise économique qui a fait déjà beaucoup de mal et qui pourrait en faire beaucoup plus. J'ai suivi les débats, surtout le dernier, afin d'écouter les programmes des deux candidats. Je m'intéresse à la politique depuis mes années à l'Université du Michigan et je suis prêt à voter. Ce sera la deuxième fois que je le ferai.»

Plus candide, Christopher Higgins admet qu'il est plus républicain dans l'âme que démocrate. Mais son allégeance est comme la Bourse: elle fluctue.

«J'ai perdu un peu de mes illusions quant à la force de John McCain. J'étais impressionné par son âge et son expérience au début. Il m'a déçu un peu lors des débats. Et c'est difficile de suivre quelqu'un en qui tu n'as pas entièrement confiance, parce que les enjeux sont cruciaux. McCain veut poursuivre la guerre alors qu'Obama veut rapatrier nos troupes. On ne peut pas être plus opposé», a dit Higgins, qui a aussi perdu un peu de ses illusions à l'endroit de Sarah Palin.

La candidate à la vice-présidence a vite fait de séduire Higgins. Et pas seulement parce qu'elle est la «hockey mom» par excellence aux États-Unis.

«Je la trouve ravissante. À la télé, elle crève l'écran. Mais elle s'est vraiment mis les pieds dans le plat dans plusieurs entrevues. Et elle n'a pas su s'imposer contre Joe Biden dans le débat des candidats à la vice-présidence», a ajouté Higgins.

Si on passe devant les domiciles des parents de Komisarek et de Higgins, verra-t-on des panneaux aux couleurs de leur candidat favori?

«Mon père vit sur une ferme et a toujours été à son affaire. Il n'a jamais caché être un fan du Canadien même si nous étions à Long Island. Mais la politique, c'est une autre affaire», a répliqué Higgins.

Chez les Komisarek, on parle de politique en famille et ce sujet reste au sein de la famille.

«Papa - ses parents ont émigré de la Pologne - n'a pas encore son passeport américain. Ça ne l'empêche pas d'avoir des points de vue bien tranchés, mais ma soeur et moi nous moquons de lui parce qu'il ne peut passer des paroles aux actes. C'est bizarre, car maman - sa mère est décédée des suites d'un cancer il y a deux ans - avait obtenu sa citoyenneté. Il pourra se reprendre à la prochaine élection.»

Bouillon et Gainey plus discrets

Deux autres membres de l'organisation du Canadien pourraient jouer un rôle dans l'élection du démocrate Obama ou du républicain McCain: Francis Bouillon et le directeur général Bob Gainey.

Né à New York, Bouillon a suivi son père haïtien et sa mère au Québec alors qu'il n'avait que 2 ans. Il a toujours gardé son passeport américain. Il pourrait donc se prévaloir de son droit de vote.

Il ne le fera pas.

«Je ne vote pas au Québec ni au Canada. Je ne vois pas comment je pourrais voter aux États-Unis. Ça manquerait de sérieux. Surtout que je ne connais vraiment rien de la politique», a expliqué le défenseur.

À quel point Bouillon est-il un néophyte?

«Ne pose pas de questions et tu n'auras pas de menteries», a-t-il répondu du tac au tac.

Quant à Bob Gainey, impossible de savoir s'il s'est déjà prévalu de son droit de vote aux États-Unis. Impossible aussi de savoir s'il le fera le 4 novembre.

«C'est personnel», a simplement répondu le grand manitou du Canadien.