Malgré ses 14 plaqués et ses 4,5 sacs du quart dans la victoire de 17-12 contre Laval, samedi dernier, Jonathan Pierre-Étienne garde la tête froide. Après avoir vanté la qualité de la préparation, puis glissé un mot sur l'exécution, l'ailier défensif des Carabins admet finalement qu'il s'agit de «son meilleur match universitaire».

Mis à jour le 14 oct. 2011
Pascal Milano LA PRESSE

Pour avoir plus de perspective sur cette prestation, qui lui a valu le titre de joueur de la semaine au Québec et au Canada, il faut se tourner vers le coordonnateur défensif, Denis Touchette. «Il a été dans sa bulle tout au long du match. Quand un athlète de ce niveau est dans sa bulle avec un rôle clair et précis, cela donne ce genre de performance.»

Touchette parle en pleine connaissance du numéro 89 des Carabins, aujourd'hui âgé de 27 ans, qu'il a d'abord dirigé au Collège Notre-Dame. Une longue relation doublée d'une admiration réciproque est ainsi née.

«C'est un gars intelligent qui a toujours eu beaucoup d'idées, explique Touchette. Physiquement, il a aussi toujours été avantagé en possédant tous les attributs (6'3 et 250 livres) pour réussir en tant que joueur de football.

«Malgré les embuches, il a toujours persévéré en essayant de progresser sans cesse.»

Le premier de ces obstacles est survenu au cégep. Pierre-Étienne étudiait au Collège Jean-de-Brébeuf, où il n'y a pas de programme de football. Une discussion avec Touchette a rapidement abouti à une inscription au cégep du Vieux Montréal, avec la perspective d'intégrer le camp des Spartiates. Problème, il a effectué les démarches sans avertir ses parents.

«Mon père est allé rencontrer Marc Santerre, qui est avocat comme lui. L'entraîneur lui a fait comprendre qu'à ce niveau-là, ce n'était plus seulement une question de cheminement scolaire, mais que j'avais aussi de bonnes chances d'aller jouer aux États-Unis. C'est ce qui est arrivé.»

Boursier, il a d'abord choisi Syracuse, en 2003, avant de changer d'idée au moment du congédiement de l'entraîneur. Comme Ray Rice (Ravens de Baltimore) et Courtney Greene (Jaguars de Jacksonville), il a plutôt trimballé son casque au New Jersey, sur le campus de l'Université Rutgers, pendant trois saisons.

Devancé dans la hiérarchie par Eric Foster, aujourd'hui avec les Colts d'Indianapolis, il a également été stoppé dans sa progression par une blessure à une hanche. «Je me suis fait polir la hanche, ce qui a quand même signifié quelques mois de réadaptation. J'ai raté une année, mais cela me donne maintenant plus de mouvement et d'amplitude.»

Après de longs mois sans jouer, son retour à Montréal s'est effectué en 2008 sous la forme de retrouvailles avec Santerre et Touchette chez les Carabins. Ces retrouvailles n'auraient dû durer qu'une saison, le temps pour l'étudiant en droit de troquer le bleu pour l'orange des Lions de la Colombie-Britannique.

Repêché en cinquième ronde (37e choix au total), il s'est cette fois blessé à une épaule lors de son premier camp à Vancouver. De retour au Québec, il n'a pas eu le choix de passer sous le bistouri au début de la saison universitaire.

Mais les Lions n'ont pas totalement lâché leur prise. «Ils m'ont rappelé en janvier 2010 pour me mettre sous contrat et pour que je participe au camp. Deux jours avant le début, ils m'ont informé qu'un échange avec les Alouettes était tombé à l'eau. J'ai été obligé de revenir avec les Carabins.»

Avec une autre année d'admissibilité devant lui, Pierre-Étienne rêve toujours de la Ligue canadienne. Mais comme tout bon joueur de football, l'agent libre a un excellent plan B avec le début de son Barreau, en janvier. Alors, les épaulières ou la toge?

Les Carabins affrontent les Redmen au stade Percival-Molson, demain, dès 13h. Il s'agit de leur deuxième affrontement cette saison, après le match inaugural au CEPSUM remporté par les Carabins 24-13.