Matthew Mitcham avait un but dans la vie: être le meilleur au monde à quelque chose. Aux Jeux olympiques de Pékin, le plongeur australien a gagné l'épreuve de la plateforme de 10 mètres. Un dernier plongeon extraordinaire lui a permis de devancer ses rivaux chinois, empêchant un balayage des médailles d'or par le pays hôte.

Mis à jour le 30 avr. 2011
Simon Drouin LA PRESSE

À Pékin, Mitcham ne s'est pas démarqué par son seul exploit athlétique. Parmi les 10 000 athlètes aux Jeux, il était le seul homme ouvertement gai. Il avait fait son coming out trois mois plus tôt dans le cahier préolympique du quotidien Sydney Morning Herald.

En entrevue, une journaliste lui avait innocemment demandé avec qui il vivait. «Avec mon partenaire», avait répondu Mitcham. Ton partenaire? «Oui, oui, mon copain», avait-il précisé à propos de celui avec qui il partage sa vie depuis maintenant cinq ans.

Mitcham a réfléchi pendant quelques jours avant d'autoriser la publication de cette information. Des athlètes avaient déjà dévoilé leur homosexualité, mais rarement durant leur carrière. Certaines personnes l'ont mis en garde contre de possibles réactions négatives ou la perte potentielle de commanditaires.

Mitcham jugeait cette façon de penser bien rétrograde. Les seules fois où son orientation sexuelle lui avait causé des ennuis, bien que bénins, étaient quand il avait cherché à la cacher.

«L'ouverture et l'honnêteté envers les gens font partie de ma personnalité», a expliqué Mitcham en entrevue, hier matin, en marge de la Coupe Canada de plongeon. «Et je voulais que les Australiens, s'ils voulaient bien m'encourager, sachent exactement qui ils appuyaient.»

L'article, qui soutenait explicitement la démarche du plongeur, a été intitulé: «Ouvert, fier et à la conquête de l'or olympique». Médaille d'or ou pas, Mitcham ne l'a jamais regretté. «Je n'ai reçu aucune réaction négative de la part des médias, du public, de quiconque. Je n'ai eu que des expériences positives et j'en suis très reconnaissant.»

Avec le recul, Mitcham croit aussi que cette sortie de la garde-robe lui a évité de devoir se cacher après son titre olympique. Sa victoire, obtenue de façon dramatique grâce à un pointage record sur son tout dernier plongeon en finale, lui a valu une célébrité instantanée en Australie.

Le jeune homme de 23 ans, classé deuxième mondial à la plateforme, est devenu une icône gaie et un modèle pour les jeunes athlètes homosexuels.

«On peut choisir d'accepter ce rôle et être un bon modèle ou on peut l'éviter et être un mauvais modèle, dit-il à ce sujet. J'ai choisi de l'accepter avec joie parce que les gens, en particulier les enfants, ont besoin de modèles positifs. En Australie, la plupart des modèles sont des joueurs de football. Ce sont pour la plupart des modèles vraiment, vraiment mauvais, mêlés à des histoires d'alcool, de drogues, d'abus, de scandales sexuels et de violence.»

Ancien trampoliniste, Mitcham n'a lui-même pas toujours vécu une expérience positive dans le sport. De 14 à 18 ans, il était même malheureux comme les pierres, carburant aux antidépresseurs et aux anxiolytiques.

Malgré tous les efforts mis à l'entraînement, il ne parvenait pas à être le meilleur au monde. Le plongeon était devenu du gaspillage et une perte de temps. Il a fini par tout plaquer en 2006. «Je détestais le sport», a-t-il résumé.

Mitcham ne croyait jamais y revenir jusqu'à ce qu'un entraîneur de Sydney lui fasse gentiment savoir que la porte de son club lui serait toujours ouverte. Il ne lui restait que 15 mois avant les Jeux de Pékin. Et il devait travailler cinq heures par jour pour payer ses «nouilles» et ses «toasts aux fèves noires».

Ragaillardi par cette pause d'un an, il s'est entraîné comme un déchaîné. Chaque plongeon est devenu une obsession. Quand il a gagné l'or à Pékin, il a pleuré comme un veau. «Tout ce que j'avais fait avait valu la peine. C'est pour ça que j'ai tant pleuré. C'était un immense soulagement.»

Depuis, Mitcham est un homme et un plongeur heureux.