«Les Jeux olympiques marqueront la renaissance de l'est de Londres», avait promis l'ancien maire Ken Livingstone en 2005, au Comité international olympique. La promesse a-t-elle été tenue? Notre journaliste a visité le quartier du parc olympique, où elle a déjà habité.

Mali Ilse Paquin, collaboration spéciale LA PRESSE

En 2005, tout l'est de Londres et en particulier, l'arrondissement de Newham, avait très mauvaise réputation. Le chômage était endémique, la criminalité, galopante. Point d'entrée de beaucoup d'immigrants au pays, le taux de roulement de la population locale était énorme: 30% par année.

Stabilité: zéro.

Ce secteur historiquement pauvre a décliné suite à la fermeture de son port, les Royal Docks, en 1981.

Les terrains abandonnés étaient nombreux, et c'est sur l'un d'eux qu'a été construit le parc olympique de 100 hectares, coincé entre les quartiers d'Hackney à l'ouest et Stratford à l'est.

Des manufactures vétustes datant de l'ère victorienne ont cédé la place aux enceintes olympiques, dont le stade, de facture classique, et le magnifique centre aquatique signé Zaha Hadid.

Deux millions de mètres cubiques de terre ont été décontaminés. Des débris datant de la Seconde Guerre mondiale ont été déterrés. Une tâche colossale et onéreuse que l'arrondissement n'aurait jamais pu accomplir seul.

«Il fallait un projet de l'envergure des Jeux olympiques pour donner une deuxième vie au site», explique Jerome Frost, directeur du design à l'Olympic Delivery Authority.

Les investisseurs flairent une bonne affaire. Des tours à logements étincelantes poussent comme des champignons en périphérie. Environ 12 000 nouveaux appartements sont en construction, en comprenant le village des athlètes.

Le groupe Westfield apporte les dernières touches au plus gros centre commercial d'Europe, situé juste à côté de la station Stratford. Un grand casino occupera le dernier étage.

Les chômeurs se bousculent déjà au portillon. Pas moins de 10 000 personnes ont fait application pour 750 postes à John Lewis, un magasin à grande surface du futur centre Westfield.

Grâce aux Jeux olympiques et à l'amélioration des infrastructures de transport, le plan de régénération de Newham passe à la vitesse supérieure.

Ainsi, Siemens ouvrira un centre d'expertise sur le développement durable à proximité du parc olympique, sur un ancien quai du port. Le pavillon sera relié par téléphérique à l'amphithéâtre O2, sur la rive sud de la Tamise, où se tiendront les compétitions de gymnastique.

«Nous voulons que Newham devienne une cité des nouvelles sciences et technologies», explique Clive Dutton, directeur de la régénération au conseil d'arrondissement.

Si les investissements du secteur privé de 34 milliards de dollars se concrétisent, 110 000 emplois seront créés.

Embourgeoisement

Mais les grandes promesses de l'arrondissement sont accueillies avec scepticisme par plusieurs résidants.

Environ 25% de la main-d'oeuvre sur le chantier du parc olympique devait provenir de la population locale. Or, la véritable proportion est d'à peine 10%, selon James Young, un superviseur rencontré à Stratford.

«On recrute des étrangers par l'entremise des agences d'emploi. Moi-même, je n'ai vu aucun poste affiché dans le quartier. J'ai obtenu ce job par hasard. C'est vraiment décevant», dit l'homme qui sirotait une bière dans un pub.

L'auteure de ces lignes a constaté que, en dehors du parc olympique, le visage du quartier n'a pas beaucoup changé en cinq ans. Le vieux centre commercial de Stratford, qui souffrira sans doute de l'ouverture de Westfield en septembre, est toujours peuplé de vendeurs de DVD piratés et d'accessoires clinquants pour téléphones portables.

Certes, des pistes cyclables ont été ajoutées, les rues ont été nettoyées. La criminalité a aussi baissé, font remarquer les habitants. Mais là s'arrêtent les améliorations notables.

Des commerçants disent n'avoir reçu aucune subvention de l'arrondissement pour améliorer leurs locaux. Daniel Downes, propriétaire d'un bar, espère vendre son établissement avant les Jeux.

«J'ai vu le même phénomène à Brixton - un quartier populaire de Londres, dit l'homme de 47 ans. Rien n'est fait pour attirer les gens de ce côté-ci du quartier, qui va encore dépérir. C'est le temps ou jamais de partir.»

NEWHAM

L'arrondissement du parc olympique

250 000

résidants

44%

des travailleurs sont sans emploi

35%

de la population active n'est pas diplômée

30%

de la population quitte l'arrondissement chaque année

70%

des habitants sont d'origine ethnique

25%

des habitants sont de confession musulmane