Quatre jours après l'ancien champion canadien des moins de 23 ans Arnaud Papillon, c'est au tour de son coéquipier au sein de l'équipe Louis-Garneau-Club Chaussures, Miguel Agreda, d'avouer s'être dopé.

Valérie Simard LA PRESSE

Dans un communiqué diffusé sur le site spécialisé veloptimum.net, tard hier soir, Miguel Agreda Rojas admet avoir consommé des substances dopantes interdites. «C'est avec grand regret que j'ai avisé en fin d'après-midi (vendredi) mon président de club cycliste et mon employeur que j'avais été suspendu par le CCES (Centre canadien pour l'éthique dans les sports) pour consommation de substances interdites, substances que j'ai effectivement consommées dans le cadre d'une compétition sportive cycliste», écrit Agreda. Il assure avoir agi seul et non de concert avec Arnaud Papillon, dont la suspension a été annoncée mercredi dernier. À l'instar d'Arnaud Papillon, Miguel Agreda a consommé de l'érythropoïétine (EPO).

«Je mesure aujourd'hui l'immense impact des gestes que j'ai posés, la peine, la déception et la disgrâce encourues au profit de mes performances sportives personnelles auprès des gens qui m'entourent et qui m'ont supporté, affirme le cycliste de 34 ans d'origine péruvienne. J'ai agi seul et sans en parler à personne, trahissant par le fait même les règles d'éthique régissant mon sport.»

Il dit accepter avec «humilité et résignation» la sanction du CCES qui le suspend de la compétition cycliste pour une durée de deux ans, et ce, même si le CCES n'a toujours pas confirmé cette sanction. Avant de passer aux aveux, Agreda a demandé qu'une contre-expertise soit menée sur un second échantillon d'urine. Puisque les procédures sont toujours en cours, le CCES n'a pas encore rendu de décision.

L'été dernier, Agreda a notamment remporté le Grand Prix de Brossard, les Championnats québécois du critérium et deux manches des Mardis cyclistes de Lachine. Le test positif de Papillon survenu le 25 juin dernier, lors des Championnats canadiens de cyclisme, à Burlington, en Ontario, a mené le CCES à procéder à d'autres contrôles aux Championnats québécois, tenus à Saint-Agathe à la fin août. C'est lors de ces contrôles que Miguel Agreda a été testé positivement. Il avait alors terminé cinquième au contre-la-montre et 11e à la course sur route.

Ingénieur de profession, Miguel Agreda était également à l'emploi de Louis Garneau Sport, le manufacturier d'équipement de sport bien connu établi dans la région de Québec. Son employeur l'a congédié en apprenant la nouvelle. «J'entends utiliser cette période pour cheminer en tant qu'homme et athlète, avec le soutien qui m'a été offert par mon employeur, ce malgré le tort que je lui ai causé», dit le cycliste.

«Pas de système organisé», dit Garneau

Louis Garneau indique avoir appris la nouvelle hier. Il insiste: «il n'y a pas de système (de dopage) organisé» au sein de son équipe. «Il s'est glissé dans l'équipe un grand tricheur, qui est un gars de talent, Arnaud Papillon, concède-t-il. Le deuxième (Agreda), c'est vraiment un accident. C'est un coureur de fin de semaine.» Selon lui, on ne doit pas s'attendre à voir d'autres membres de son équipe suspendus pour dopage, car Agreda est le dernier à avoir été testé. «J'ai donné une chance à un père de famille, coureur régional, de venir avec nous, note M. Garneau. Il est en train de m'entacher et d'entacher l'équipe. C'est carrément stupide.»

«Ils ont fait ça chacun de leur côté», ajoute le coéquipier de Papillon et d'Agreda, Jean-François Racine, en se disant déçu que des cyclistes utilisent des produits dopants à ce niveau. «Des cyclistes de niveau amateur qui se chargent avec des produits de professionnels, c'est à n'y rien comprendre», observe-t-il.

Dans un communiqué, l'Association cycliste canadienne (ACC) a indiqué qu'elle ne commenterait pas la nouvelle pour l'instant. «Alors que l'ACC doit suivre les procédures normales et régulières, conformément au Programme canadien antidopage (PCA) administré par le Centre canadien pour l'éthique dans le sport (CCES), nous ne sommes pas en mesure de discuter de cette question jusqu'au moment où le CCES confirme cette infraction aux règlements antidopage et rend sa décision qui inclura une sanction», dit le communiqué.

Louis Garneau tiendra une conférence de presse lundi matin à Québec. Il sera accompagné du directeur général de la Fédération québécoise des Sports cyclistes, Louis Barbeau, et de quelques cyclistes, dont David Veilleux. «On va défendre la position que le cyclisme clean, ça existe, lance Louis Garneau. On va défendre notre sport.» Il ajoute qu'il faut maintenant s'attaquer aux fournisseurs de drogues de performance. «Il faut trouver les pushers. Qui fournit la drogue? C'est la prochaine étape.»