Il serait étonnant de revoir Laurent Jalabert sur la moto info-course du Grand Prix cycliste ProTour l'an prochain. Piqué par des propos tenus par l'ancien numéro un mondial, l'organisateur Serge Arsenault l'invite carrément à rester chez lui.

Mis à jour le 14 sept. 2010
Simon Drouin LA PRESSE

Laurent Jalabert n'a pas eu l'air à s'amuser durant son séjour au Québec. Un peu distant et renfrogné, on ne l'a pas beaucoup vu, si ce n'est sur la moto où il analysait les courses pour Évasion ou sur son vélo pour sa longue sortie quotidienne. L'organisation du Grand Prix cycliste ProTour avait pourtant largement moussé sa présence. Il a répondu à quelques questions, sans s'étendre. C'est tout juste s'il a assuré le service minimum. Pour tout dire, il donnait l'impression de ne pas vouloir être là.

Jalabert était-il à ce point accaparé par son autre rôle de sélectionneur de l'équipe de France pour les Mondiaux de Melbourne? En tout cas, son attitude concordait avec la teneur de ses propos rapportés par l'envoyé spécial du quotidien suisse Le Matin. Dans l'article intitulé «Jalabert: le coup de gueule», publié samedi dernier, l'ex-numéro un mondial exprime son peu de foi envers le circuit ProTour. Par la bande, il écorche les Grands Prix cyclistes de Québec et Montréal.

«Je trouve normal de vouloir exporter le cyclisme. Mais, s.v.p., ne me parlez pas du ProTour, je n'y crois pas beaucoup, dit Jalabert dans Le Matin. Je le vis un peu comme une arnaque. Au départ, le ProTour, c'était les meilleures équipes avec les meilleurs coureurs. Et on se rend compte avec ces deux courses au Canada que les vedettes, à une ou deux exceptions près, ne viennent pas. L'impact médiatique sera moindre puisque les télévisions sont absentes. Et que la couverture assurée par les journaux ne sera pas digne des autres classiques.»

Serge Arsenault a évidemment mal reçu les paroles de Jalabert. «Je peux respecter la liberté de parole de Laurent, mais je suis en parfait désaccord avec ce qu'il dit. Ce sont des insinuations complètement fausses», a-t-il réagi lorsque mis au fait, hier après-midi.

«Les courses de Québec et de Montréal, dans le ProTour, sont celles qui, après le Tour de France, ont peut-être eu la plus grande télédiffusion mondiale, a ajouté Arsenault. Alors il faudrait que M.Jalabert s'intéresse à autre chose que de s'entraîner pour faire des triathlons et qu'il puisse commencer à lire et voir ce qui se passe, c'est tout. Il est complètement à côté de la plaque. Et si on suivait la route tracée par Jalabert, à ce moment-là, ce serait la perte du cyclisme basée sur l'ignorance et l'incompétence. Ça a peut-être été un grand athlète, mais malheureusement, la suite n'est pas tellement intéressante. C'est un être triste. Je suis triste pour lui. Qu'il retourne en France.»

Une question d'argent

Aux yeux de Jalabert, le statut ProTour des courses de Québec et de Montréal n'est attribuable qu'à l'argent qui y a été investi: «À mon avis, sans Serge Arsenault, ce passionné de cyclisme, qui a trouvé les moyens économiques pour garantir les épreuves durant cinq ans, les Grands Prix de Québec et de Montréal n'auraient pas le label ProTour. Ce n'est donc qu'une question de finances!»

Jalabert tenait néanmoins un discours plus nuancé à la fin de l'article du Matin: «Comprenez-moi bien. Je trouve normal de venir dans un pays où la culture du vélo n'est pas celle connue chez nous. Il y a peut-être moins de tradition cycliste au Canada ou aux États-Unis. Pour tout autant, ce n'est pas une raison pour les mettre au ban de notre sport. S'il y a une volonté de faire évoluer le cyclisme aux quatre coins de la planète, il ne faut pas hésiter en dépit des difficultés dues au décalage horaire et au transport.»

À titre d'organisateur du Grand Prix ProTour et propriétaire du réseau Évasion, Arsenault recevait Jalabert au Québec. Il se demande si l'ancien champion français n'est pas amer. «Jalabert est très fier de sa personne, a affirmé Arsenault. Il joue la vedette partout. Mais ici, Jalabert, c'est pas plus connu qu'une marque de confitures. On connaît Charly Mottet (concepteur des parcours), on connaît Bernard Vallet (analyste à Évasion), on connaît des gens qui sont corrects. Peut-être encore plus maintenant Hesjedal, Chavanel et tout ça. Alors peut-être qu'il s'est senti oublié ou diminué dans ce que j'appelle l'image qu'il a de lui. Mais je ne suis pas un organisateur pour satisfaire Narcisse.»