Dominique Rollin l'a souvent entendu: les routes défoncées du Québec représentent une préparation idéale pour les pavés de Paris-Roubaix. Faux, peut-il maintenant affirmer avec conviction.

Simon Drouin LA PRESSE

À sa première participation à Paris-Roubaix, dimanche, Rollin a rapidement compris que rien ne se comparait aux fameux 27 secteurs pavés qui ont valu à la «reine» des classiques cyclistes le surnom de l'Enfer du Nord. «À côté de ça, les routes du Québec sont des tables de billard», a-t-il raconté au téléphone, encore fourbu, 24 heures après la course la plus exigeante de sa carrière.

Pour une comparaison approximative, il s'agirait de sauter sur son vélo de route et filer à 40 ou 50 km/h sur les pavés du Vieux-Montréal. «Mais il faut s'imaginer que le débarquement de Normandie aurait eu lieu juste avant», a précisé Rollin. Sans compter la visibilité parfois nulle et la meute de 150 coureurs en file indienne qui sont prêts à tout pour prendre votre place sur une route large comme une auto.

Ampoules dans les mains, jointures enflées, douleur aux poignets 24 heures après l'épreuve, Rollin a détaillé presque fièrement les stigmates de la course de 259 kilomètres. À cela il faut ajouter une chute inévitable à 100 km du but qui a laissé tous ses muscles endoloris.

Rollin a de quoi être fier. Il a d'abord été un équipier fidèle et actif pour ses deux leaders chez Cervélo, Thor Hushovd (deuxième) et Roger Hammond (quatrième). Il a néanmoins réussi à finir 33e parmi un groupe qui se battait pour la 12e place. Le Québécois est arrivé sur la piste du vélodrome de Roubaix en belle compagnie: le spécialiste George Hincapie, le Canadien Michael Barry, Yaroslav Popovych, Greg Van Avermaet. C'est l'exploit sportif du week-end au Québec, tout juste derrière la qualification glorieuse du Canadien en séries.

Rollin hausse les épaules. «J'ai accompli ma job du mieux que je pouvais. C'est un peu le côté traître du cycliste: on doit faire le chemin pour les leaders sans avoir de résultats tangibles. On dira: Ah, 33e, c'est pas si pire. Mais c'est mon premier Roubaix, la première fois que j'affronte au-delà de 50 kilomètres en pavé.»

Le cycliste de 27 ans s'en doutait, mais il en a maintenant la confirmation: le profil de Paris-Roubaix lui sied à merveille. «J'ai fini la course et j'ai fait: wow, ok, ça c'est une course faite pour moi. Dans les premières sections de pavé, j'avais le sourire aux lèvres et je me disais: ouais, c'est le fun ici. Dans les dernières sections, c'était: ouch, ça fait mal, pas une autre!»

Rollin et son groupe ont rallié l'arrivée sept minutes après le gagnant, l'extraterrestre Fabian Cancellera, presque indécent de facilité. «Il était sur une autre planète, intouchable, il roulait comme une auto», a dit Rollin, qui avait déjà été victime d'une cassure après un ravitaillement quand Cancellera a décollé à 65 km de l'arrivée.

Cancellera avait réalisé un numéro semblable une semaine plus tôt, au Tour des Flandres, un autre monument du cyclisme. Rollin avait pris le 42e rang, dans le deuxième groupe de poursuivants.

Bilan? «Je m'attendais à être bien, à être en forme. Mais là, je vois vraiment que ce sont des courses qui me conviennent. J'ai le niveau pour penser à faire des résultats l'an prochain. Je suis plus que satisfait. Je suis vraiment motivé à refaire une bonne période des classiques l'an prochain.»

Rollin prendra le départ de la Flèche brabançonne, demain en Belgique, avant un crochet à son appartement de Gérone, en Espagne, pour récupérer un vélo et rentrer en Amérique, vendredi. Il s'arrêtera à Philadelphie pour quelques tests chez son entraîneur, Brian Walton. Suivra un stage d'entraînement en altitude au Colorado en prévision du Tour de Californie, du 16 au 23 mai.