Faites-vous de l'argent? Cette question, Dominick Gauthier l'entend chaque fois qu'il visite une école. L'ex-skieur de bosses et entraîneur a gagné et gagne bien sa vie. Il n'est pas gêné de le dire. Ce ne fut pas toujours le cas. «Dans notre temps, c'était quasiment tabou de dire qu'on faisait de l'argent», se souvient-il.

Publié le 16 oct. 2010
Simon Drouin LA PRESSE

Alors, payant, être athlète amateur? (1) Depuis 10 ans, beaucoup plus. Surtout au Québec, où les programmes gouvernementaux, les organismes de financement et les occasions de commandites privées se sont multipliés et bonifiés. Avec un peu de débrouillardise et d'organisation, un athlète étiqueté «excellence» peut faire grimper ses revenus à 40 000, 45 000$, dont plus de la moitié est libre d'impôt. Rien à voir avec un joueur de quatrième trio de la LNH ou même un joueur des Alouettes. Mais l'image du crève-la-faim qui se nourrit de pâtes au beurre semble révolue.

«Je ne fais pas d'argent, mais je peux vivre de ça, sans m'endetter», dit l'escrimeuse montréalaise Sandra Sassine, 31 ans. Pour l'olympienne de Pékin, il s'agit d'une réalité toute nouvelle, comme elle en témoigne en page 2.

«Ça peut devenir une job, avec une certaine rémunération», constate Pierre Dubé, qui à titre de directeur général de la Fondation de l'athlète d'excellence, joue un rôle central dans le financement des athlètes québécois depuis 25 ans.

Selon une étude récente commandée par Sport Canada (2), un athlète âgé entre 25 et 29 ans gagne en moyenne près de 40 000$; celui de 30 ans et plus, 52 105$. Le revenu annuel moyen d'un Canadien: 38 000$. Les données ne sont pas ventilées par province, mais il est facile de déduire que la situation est plus favorable au Québec, où les allocations sont plus élevées.

Signe qui ne trompe pas, les carrières se prolongent et il n'est plus rare de voir un athlète disputer deux, trois, quatre Jeux olympiques. Sans la bonification du soutien gouvernemental et privé, la patineuse de vitesse Tania Vicent ne se serait sans doute pas rendue jusqu'aux Jeux de Vancouver, où elle a gagné une quatrième médaille olympique. Membre de l'équipe canadienne pendant 15 ans, elle a pris sa retraite cet été. «J'ai vécu «l'avant», et aujourd'hui, on vit très bien (de son sport)», dit-elle.

En revanche, à 34 ans, elle doit maintenant se réorienter sur le marché du travail. «Ça a changé, mais en même temps, on ne devient pas millionnaire en gagnant une médaille olympique», rappelle-t-elle. Il faut donc savoir planifier la transition: «Pensez-y, on n'a pas d'avantages sociaux, pas d'assurance, pas de RÉER.»

Et les réalités varient d'un sport et d'un athlète à l'autre. Pour un Alexandre Bilodeau ou un Alexandre Despatie, il y a un biathlonien, un judoka ou une véliplanchiste qui doivent user d'ingéniosité pour joindre les deux bouts.

En dépit d'un programme fédéral comme À nous le podium, qui contribue largement à alléger le fardeau financier des meilleurs athlètes et de leurs fédérations, les coûts reliés à la pratique du sport de pointe ne cessent d'augmenter: les voyages, l'équipement, l'entraîneur et ses dépenses. «C'est surprenant le nombre d'athlètes, certains parmi les meilleurs, qui payent encore pour représenter leur pays sur la scène internationale», dit Gauthier, l'un des dirigeants de B2Dix, sorte de pendant privé d'À nous le podium.

Si tout le monde pouvait partir de «zéro» et utiliser ses revenus pour assumer les coûts d'une vie «normale» (hébergement, alimentation, transport, etc.), la réalité serait beaucoup plus rose, conclut Gauthier.

Payant, pas payant, un mot revient dans les entrevues avec les athlètes: la passion. Comme le répète souvent Bilodeau, champion olympique: «Je n'ai pas commencé à faire du ski acrobatique pour faire de l'argent.»

(1) Concept fourre-tout, le terme «amateur» décrit aujourd'hui bien mal les sports olympiques, les «autres sports», ceux qui ne sont pas le hockey, le football, le golf, le tennis, le baseball, etc. Depuis Montréal, en 1976, le statut d'amateur n'est plus une condition pour participer aux Jeux olympiques.

(2) «La situation de l'athlète de haut niveau en 2009», par la firme Ekos, disponible sur le site internet de Sport Canada.