Alex Harvey a failli s'étouffer de rire quand Petter Northug Jr. l'a abordé au buffet de l'hôtel, jeudi dernier. Réputé pour sa froideur, voire son arrogance, le fondeur norvégien ne lui avait jamais jeté un regard, encore moins adressé la parole.

Simon Drouin
Simon Drouin LA PRESSE

Northug, généralement considéré le meilleur de sa profession, voulait simplement féliciter Harvey pour sa belle victoire aux Mondiaux U23, à la fin janvier, en Estonie. Peut-être sentait-il le souffle du jeune Québécois dans son cou.

Bien heureux de cette marque de reconnaissance, Harvey, 22 ans, n'allait pas s'arrêter en si bon chemin. Le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges a pris le deuxième rang du sprint style libre de Drammen (Norvège), dimanche, signant ainsi le meilleur résultat de sa carrière en Coupe du monde.

Auteur d'une accélération dévastatrice dans la dernière ligne droite de cette finale à six hommes, Harvey a réussi à remonter deux adversaires, dont Northug, pour décrocher le troisième podium de sa carrière en Coupe du monde. Seul le Suédois Emil Jönsson, numéro un mondial de la discipline, a pu résister à son retour.

«Je suis vraiment content, ça fait du bien de revenir sur le podium après presque deux ans», a réagi Harvey, qui avait causé une énorme surprise en mars 2009 en prenant le troisième rang du 50 kilomètres classique à Trondheim, toujours en Norvège, berceau du ski. «C'est le fun de refaire ça ici.»

Harvey avait aussi fini troisième d'un relais sprint avec George Grey lors de l'épreuve préolympique de Whistler, en janvier 2009. «C'était mon objectif de retourner sur le podium, a dit Harvey. Je suis passé proche souvent l'an dernier et cette année (ndlr : 4e aux JO de Vancouver, deux fois 5e au Tour de ski). Je suis content de réussir à franchir cette petite barrière-là. Je savais que j'étais capable de le faire, mais ça fait du bien mentalement de revenir sur le podium.»

En conférence de presse, Northug, double médaillé d'or aux JO de Vancouver, a mentionné qu'il devra améliorer son finish, pourtant réputé imparable il n'y a pas si longtemps. «À Vancouver, quand il mettait le turbo, personne n'était capable de le suivre, a rappelé Harvey. On dirait qu'on commence à être capable...»

Qualifié 22e, à plus de cinq secondes de Jönsson, Harvey ne sentait pas qu'il connaîtrait une grande journée. Comme la veille, où il avait fini 30e du 15 kilomètres classique, il se sentait un peu «amorphe», condition normale après un bloc d'entraînement chargé.

Or il a retrouvé ses jambes durant sa vague quart de finale, où il a joué de finesse en queue de peloton avant de se pointer le bout du nez dans les 300 derniers mètres, un faux-plat montant jusqu'à la ligne. Comme en demi-finale, un peu plus tard, il n'a pas eu à se mettre «dans le rouge» pour s'imposer dans son groupe.

«Je voyais que ça allait bien, que j'étais capable de finir vraiment vite, que j'avais encore de la puissance», a dit Harvey.

Une stratégie identique a bien failli le propulser jusqu'à la victoire en finale.

Ce podium arrive à point nommé. Au moment de l'entrevue, Harvey rentrait en voiture à Oslo, où s'ouvriront les Championnats du monde jeudi prochain. Première épreuve au programme : le sprint style libre. «Je savais que les deux départs de masse (30 et 50 km) et le relais sprint (classique), avec Devon (Kershaw), me convenaient bien. Je n'avais jamais franchi les quarts de finale en sprint, mais je savais qu'un podium pouvait arriver un jour. Ça ne fait que le confirmer. C'est une carte de plus à jouer aux Mondiaux.»

À Oslo, Harvey retrouvera cependant quelques spécialistes du sprint ayant préféré faire l'impasse sur l'épreuve de Drammen, dont le Norvégien Ola Vigen Hattestad, précédent leader du classement de la Coupe du monde.

Harvey n'est pas le seul Canadien à s'être illustré à Drammen. Qualifié quatrième, la recrue ontarienne Len Valjas, issu du centre national Pierre Harvey du Mont-Sainte-Anne, a pris le neuvième rang, son meilleur classement à vie. Kershaw a dû se contenter du 48e rang en qualifications. Chez les femmes, Chandra Crawford, championne olympique de 2006, et la Québécoise Daria Gaïazova, ont fini respectivement 14e et 20e.