Le New England Journal of Medicine, un des principaux journaux médicaux au monde, met en doute l'utilité et même la sécurité des vaccins contre le cancer de l'utérus, que le ministère de la Santé du Québec s'apprête à fournir aux petites filles dès l'âge de 9 ans, au coût de 50 millions de dollars par année.

Mis à jour le 20 sept. 2008
André Noël

Les vaccins ciblent des souches du virus du papillome humain (VPH), transmis sexuellement. Généralement éliminé par le système immunitaire, il peut toutefois causer le cancer du col de l'utérus dans de rares cas. Il est au 13e rang des cancers pour la mortalité, avec 400 décès par année au Canada.

Le ministère de la Santé du Québec a décidé de fournir le vaccin commercialisé par Merck Frosst, le Gardasil, à toutes les petites filles de la quatrième année du primaire et de la troisième secondaire. Des États américains et des pays européens ont pris la même décision, recourant parfois à un autre vaccin, le Cervarix, de GlaxoSmithKline.

«Malgré de grandes attentes et les résultats prometteurs d'essais cliniques, nous manquons toujours de preuves suffisantes quant à l'efficacité des vaccins contre le cancer du col de l'utérus», écrit la Dre Charlotte J. Haug dans un éditorial paru dans le New England Journal of Medicine du 21 août.

«Pendant l'été 2007, il y avait certainement des résultats prometteurs quant à l'efficacité des vaccins contre le VPH pour prévenir des lésions précancéreuses causées par les souches VPH-16 et VPH-18. Toutefois, de sérieuses questions quant à l'efficacité globale du vaccin pour protéger contre le cancer du col de l'utérus sont restées sans réponse, et des études à plus long terme ont été suggérées avant que des programmes massifs de vaccination soient recommandés. Malheureusement, ces résultats à long terme provenant de telles études n'ont pas été publiés depuis.

«Entre-temps, des pressions ont été exercées dans le monde entier auprès des décideurs politiques pour lancer des programmes nationaux de vaccination contre le VPH. Comment ces décideurs peuvent-ils faire des choix rationnels quant à l'introduction d'interventions médicales qui pourraient un jour se révéler bénéfiques, mais pour lesquelles les preuves sont insuffisantes, d'autant plus que nous ne saurons pas avant plusieurs années si cette intervention sera utile ou si, dans le pire des cas, elle sera néfaste?»

La Dre Haug se demande si les vaccins ne pourraient pas être nuisibles pour deux raisons. La première: ils risquent de donner une fausse sécurité. Officiellement, ils protègent contre 70% des cancers de l'utérus. Les femmes devront donc continuer à faire des tests Pap. Or, elles risquent de se sentir complètement protégées et d'arrêter ces tests.

Deuxième raison: les vaccins, efficaces contre les souches VPH-16 et VPH-18, pourraient réduire la réponse immunitaire contre d'autres souches VPH pouvant elles aussi provoquer le cancer. «D'autres souches pourraient émerger en tant qu'importants sérotypes oncogéniques», écrit-elle.

Joint jeudi, le Dr James Mansi, directeur des affaires médicales de Merck Frosst, a dit que les craintes exprimées par la Dre Haug sont «théoriques». «Des études cliniques menées pendant cinq ans auprès de 25 000 personnes dans 33 pays, dont le Canada, ont prouvé que le vaccin diminue non seulement les lésions précancéreuses mais également les verrues génitales et éventuellement le cancer du col de l'utérus», a-t-il dit.

«L'Organisation mondiale de la santé reconnaît l'importance de prévenir les lésions précancéreuses pour prévenir le cancer du col de l'utérus. Le profil d'innocuité du Gardasil est excellent. Il n'existe aucune preuve montrant des interactions avec d'autres souches du VPH. Il est très improbable que cela (les craintes exprimées par la Dre Haug) se produise.»

Un autre article publié la même semaine dans le New England Journal of Medicine met en lumière les coûts très élevés des vaccins par rapport aux avantages qu'ils apportent. Il n'est pas certain qu'il ne faudra pas de rappel après avoir donné le vaccin aux petites filles, affirment les chercheurs de l'Université Harvard. «Si l'immunité disparaît après 10 ans (et s'il faut un rappel), le coût de la vaccination chez les préadolescentes excédera les 140 000$ par année de vie sauvée.»

Aucun responsable n'était disponible au ministère de la Santé pour réagir à ces articles.