Un grand espoir de guérison - deux fois plus grand qu'avant - pour les 28 000 Québécois porteurs du virus de l'hépatite C. Voilà ce que représente l'approbation, par Santé Canada, d'un nouveau médicament très efficace contre cette sournoise maladie.

Mis à jour le 3 août 2011
Marie Allard LA PRESSE

«Ce n'est rien de moins qu'une petite révolution qui est en train de s'opérer dans le traitement de l'hépatite C, a dit hier à La Presse le Dr Marc Poliquin, de la clinique L'Actuel de Montréal. Ça fait 20 ans que je travaille dans ce domaine et c'est la première fois qu'on a une avancée majeure, avec l'arrivée du bocéprévir comme inhibiteur de protéase.»

Utilisé avec le traitement standard actuel, ce nouveau médicament double les chances d'éliminer le virus chez les patients n'ayant jamais été traités. Et il triple le taux de réponse des patients chez qui un précédent traitement a échoué, selon deux études publiées dans The New England Journal of Medicine. «On va passer de 40% à 70% de taux de guérison, pour un génotype 1» prévalant au Canada, s'est réjoui le Dr Poliquin.

«C'est une merveilleuse nouvelle, on attend ça depuis très, très longtemps», a indiqué Laurence Mersilian, contaminée par transfusion sanguine lors d'une césarienne, en 1982. Ce n'est que 20 ans plus tard, après avoir vécu avec une grande fatigue, qu'elle a été diagnostiquée porteuse du virus de l'hépatite C. «Mon foie était abîmé comme celui d'une personne alcoolique, alors que je n'aimais pas l'alcool», a-t-elle dit.

Transmissible par le sang, le virus de l'hépatite C cause l'inflammation du foie, et peut progresser jusqu'à la cirrhose ou au cancer du foie. De 15% à 25% des personnes infectées s'en remettent, selon Santé Canada, mais les autres contractent la forme chronique de la maladie, parfois sans le savoir, la progression pouvant être lente.

Un traitement plus court

Mme Mersilian, qui a fondé le Centre d'aide aux personnes atteintes de l'hépatite C, a pu guérir sans bocéprévir. «J'ai été vraiment très chanceuse, mais le traitement était extrêmement difficile», a-t-elle souligné. Diarrhée, perte de cheveux, anémie, fatigue sont parmi les effets secondaires du traitement, pendant presque un an.

Le nouveau médicament permet d'écourter le traitement de 20 semaines. «On va réussir, pour une majorité de patients qui n'ont jamais été soignés pour une hépatite C, à les traiter non pas en 48 semaines, mais en 28 semaines», a dit le Dr Poliquin.

Coût: 1050 $ par semaine

Il reste à savoir quand les patients pourront profiter du nouveau traitement au Québec. Commercialisé sous le nom de Victrelis par Merck, ce médicament coûte... 1050 $ par semaine. «Nous attendons la décision de l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) pour en savoir davantage sur le remboursement de Victrelis au Québec», a indiqué Josée Brisebois, directrice des affaires médicales chez Merck Canada. C'est l'INESSS qui recommande la couverture d'un médicament par le régime public.

Cela ne se fera probablement pas avant février, a indiqué Maggie Charest-Poulin, conseillère en communication à l'INESSS. Hier, le Victrelis ne figurait pas encore dans la liste de médicaments en cours d'évaluation. «On n'a rien reçu», a dit la porte-parole.