La plus importante rencontre scientifique généraliste de la planète bat son plein. Plus de 6000 chercheurs du monde entier participent à 150 symposiums sur les questions de l'heure, du réchauffement de la planète à la lobotomie en passant par la crise alimentaire. La Presse couvre l'événement à Washington.

Mathieu Perreault LA PRESSE

Depuis le début du millénaire, la neurochirurgie fait un retour en psychiatrie. Les temps ne sont plus à la lobotomie. Mais même si elles sont moins invasives, les nouvelles techniques sèment la controverse.

En un peu plus de 20 ans, plus de 75 000 patients souffrant de la maladie de Parkinson ont reçu un électrostimulateur dans leur cerveau, par l'entremise d'une chirurgie. La technique est utilisée expérimentalement depuis une demi-douzaine d'années pour des maladies psychiatriques allant de la dépression à la compulsion, en passant par le syndrome de la Tourette. Les autorités médicales américaines permettent même l'électrostimulation cérébrale depuis 2009 pour des patients sévèrement atteints de trouble obsessif compulsif (TOC).

«Nous devons tenir compte de l'histoire très négative entourant les traitements physiques des maladies mentales», explique Joseph Fins, spécialiste de bioéthique à l'Université Cornell de New York. «Le public n'a entendu que les histoires d'horreur. Mais dès les années 70, les comités gouvernementaux américains qui se sont penchés sur la neurochirurgie en psychiatrie ont dû admettre qu'il existait certaines indications de traitement.»

Le Dr Fins s'est aussi penché sur les électrochocs, signant dans le dernier numéro de la Revue canadienne de psychiatrie un éditorial en faveur de cette technique. Au Canada, l'électrostimulation cérébrale est utilisée pour le Parkinson, et des programmes de recherche sur son utilisation pour la dépression et l'alzheimer existent à l'Université de Toronto.

Améliorations

Au fil de 11 ans d'essais cliniques sur 50 patients souffrant de TOC, Benjamin Greenberg, de l'Univesité Brown, au Rhode Island, a vu des améliorations moyennes de 25% dans la sévérité des symptômes. «Il faut réserver l'électrostimulation aux patients qui ont tout essayé sans que ça ne fonctionne, et qui sont sévèrement handicapés. On parle de gens qui passent leur journée, de l'aube jusqu'à tard dans la nuit, à vérifier et réarranger l'ordre de certains objets pour calmer leurs anxiétés.»

Le taux de défaillances techniques - des électrodes qui se brisent - est d'entre 0,2% et 0,4% par année, selon le Dr Greenberg. Michael Okun, neurologue à l'Université de Floride, ajoute qu'environ 5% des patients ont des infections ou des hémorragies dues à l'implantation des électrodes.

Même portrait pour la dépression, selon Helen Mayberg, neuropsychologue à l'Université Emory à Atlanta. «Il faut que les patients aient tout essayé et il faut les surveiller étroitement par après, dit le Dr Mayberg. Il peut y avoir des effets secondaires négatifs, des tentatives de suicide. Il faut que les patients continuent à prendre leur médication. Et il faut s'occuper de réadaptation: ce n'est pas tout d'avoir moins de pensées négatives ou plus de pensées positives, il faut réapprendre à fonctionner socialement, tout comme un patient ayant une opération de la hanche après avoir passé des années en fauteuil roulant doit réapprendre à marcher. Les patients ont parfois des attentes trop hautes face au traitement.»

Le Dr Fins estime quant à lui que la recherche est trop dépendante du financement industriel. «Les organismes publics ne veulent pas toucher à ce domaine de recherche, dit le Dr Fins. C'est une erreur. La Food and Drug Administration (FDA) a autorisé l'électrostimulation pour les TOC avec un programme spécial pour les maladies «orphelines», qui touchent moins de 4000 patients aux États-Unis et qui n'attirent donc pas assez de financement de recherche. Cela limite les possibilités de monter des projets de recherches solides qui établiront l'efficacité de l'électrostimulation. Et il pourrait y avoir des problèmes de fiabilité, comme ça a été le cas pour d'autres appareils médicaux approuvés dans le cadre du programme des maladies orphelines.»