Stimuler un nerf dans le cou élimine les acouphènes, selon des expériences animales ouvrant la voie à un traitement pour ce mal dont souffrent des millions de personnes sous forme de bourdonnement ou de sifflement persistant dans le crâne ou l'oreille, montre une étude mercredi.

Publié le 12 janv. 2011
Jean-Louis Santini AGENCE FRANCE-PRESSE



Des essais cliniques devraient débuter en Europe dans les prochains mois pour ce traitement consistant à stimuler le nerf pneumogastrique tout en produisant simultanément une gamme de sons de différentes fréquences durant des périodes prolongées.

La stimulation de ce gros nerf qui innerve le pharynx, le voile du palais, le larynx et l'abdomen est déjà utilisée pour soigner l'épilepsie et la dépression.

Des expériences concluantes ont été menées sur des rats chez qui les chercheurs ont induit des acouphènes par un bruit aigu.

Cette technique semble aider les parties du cerveau qui interprètent les sons à se reprogrammer pour retrouver leur état initial, ce qui fait disparaître la source du bourdonnement ou du sifflement, expliquent les auteurs de l'étude parue mercredi dans la revue britannique Nature.

Ils ont pu mesurer chimiquement les résultats de cette technique chez les rats.

«Nous pensons que la partie du cerveau qui traite les sons, le cortex auditif, utilise un trop grand nombre de neurones, les cellules nerveuses, pour certaines fréquences et le système se dérègle», explique le Dr Michael Kilgard, professeur adjoint de sciences cérébrales à l'Université du Texas (sud), principal coauteur de ces travaux.

«Parce qu'il y a beaucoup trop de neurones traitant les mêmes fréquences de son, ils sont suractivés bien au-delà de la normale», poursuit-il.

Cette thérapie revient à appuyer sur un bouton dans le cerveau pour faire redémarrer des circuits saturés à l'instar d'un ordinateur, selon ce chercheur.

«Cette méthode peu envahissante permet de manipuler avec une grande précision les circuits du cerveau, ce qui ne peut être fait avec des médicaments», note le Dr Navzer Engineer de l'Université du Texas et directeur des études cliniques de la firme MicroTransponder. Il est le principal auteur de l'étude.

«Associer des tonalités de sons avec la stimulation du nerf pneumogastrique fournit cette précision en rétablissant le fonctionnement normal de ces circuits cérébraux endommagés», explique ce chercheur dans un communiqué.

«Les traitements existants pour les acouphènes consistent essentiellement à masquer le son ou à apprendre à l'ignorer», relève le Dr James Battey, directeur de l'Institut national américain de la surdité et des troubles de la communication (NIDCD) qui a financé la plupart de ces travaux.

«Si on peut trouver un moyen d'éliminer le bruit, on améliore considérablement la qualité de vie des près de 23 millions d'Américains adultes souffrant d'acouphènes», ajoute-t-il.

Ainsi 10% des personnes âgées et jusqu'à 40% des anciens combattants en souffriraient aux États-Unis.

Les acouphènes semblent résulter chez certaines personnes de la perte d'acuité auditive.

Quand les cellules nerveuses sensorielles de l'oreille interne sont endommagées consécutivement à un bruit très fort, la perte de l'ouïe qui en résulte modifie certains signaux transmis de l'oreille au cerveau.

Et pour des raisons pas encore inconnues, certains vont développer des acouphènes.

Selon les auteurs de cette découverte, le traitement consistera à implanter une électrode dans le cou et les patients subiront ensuite, durant plusieurs semaines, des stimulations électriques du nerf pneumogastrique combinées à l'audition d'une gamme de sons.