Les autorités américaines ont donné leur feu vert au premier essai sur l'homme d'une thérapie réalisée à partir de cellules souches embryonnaires humaines, une première mondiale ouvrant la voie à la guérison de lésions et maladies incurables.

Mis à jour le 23 janv. 2009
Jean-Louis Santini AGENCE FRANCE-PRESSE

«La Food and Drug Administration (FDA) a autorisé un essai clinique de phase I de la société Geron pour traiter des patients souffrant de graves lésions de la moelle épinière», a indiqué à l'AFP Susan Cruzan, une porte-parole de l'agence américaine des médicaments.La société biotechnologique Geron, basée en Californie (ouest), a précisé avoir soumis à la FDA un dossier de 21 000 pages pour appuyer sa demande, arguant que la thérapie avait montré son efficacité sur des rongeurs.

Un essai de phase I est mené sur un petit nombre de patients afin d'évaluer la tolérance pour l'homme d'une thérapie innovante.

«Ceci marque l'aube d'une nouvelle ère dans la thérapie médicale», a déclaré le patron de Geron, Thomas Okarma, lors d'une téléconférence. «Il s'agit de la première thérapie cellulaire pouvant être produite de la même manière que des traitements biologiques ou des anticorps», a-t-il affirmé, en parlant de première mondiale.

«Nous exploitons seulement le développement biologique normal du corps humain et comptons ainsi parvenir à guérir de façon permanente des maladies chroniques et des traumatismes», a souligné ce médecin.

L'objectif de l'essai GRNOPC1 est d'injecter sur des volontaires paralysés des cellules dérivées de cellules souches embryonnaires humaines, dans l'espoir qu'elle puissent régénérer les cellules nerveuses endommagées et, potentiellement, permettre à la personne paralysée de retrouver la sensibilité et les capacités de se mouvoir.

Les cellules souches embryonnaires sont les seules cellules souches à avoir la capacité de se développer en n'importe quel type de cellules.

Ce caractère pluripotent de ces cellules leur donne un énorme potentiel pour guérir des maladies incurables du cancer à la maladie d'Alzheimer.

La principale difficulté pour les chercheurs est d'obtenir que les cellules souches embryonnaires «se différencient» pour devenir les cellules qu'ils souhaitent obtenir, sans risquer de se transformer en cellules indésirables comme des tumeurs.

Leur utilisation soulève des questions éthiques car elles sont prélevées sur l'embryon au premier stade de son développement (blastocyte), entraînant sa destruction.

Geron précise avoir utilisé dans ces recherches des lignées de cellules souches embryonnaires créées avant le 9 août 2001, date à laquelle le président George W. Bush avait annoncé l'interdiction d'utilisation des fonds fédéraux pour financer des recherches sur de nouvelles lignées.

Il s'agit surtout des cellules provenant d'embryons surnuméraires laissés par des couples dans des cliniques pratiquant la fécondation in vitro. Ces embryons inutilisés sont de toute manière détruits.

M. Bush avait justifié sa décision par des raisons éthiques et religieuses, au nom du respect de la vie, estimant que la destruction d'un embryon revient à détruire un être humain.

Les recherches de Geron et la décision de la FDA sont tout à fait légales au regard de la législation décrétée par l'ancien président Bush.

Mais le feu vert de la FDA pourrait être le prélude à un changement de la loi, comme l'a encore encore promis le 16 janvier Barack Obama, quatre jours avant de devenir président.

Les recherches sur les lésions de la moelle épinière avaient bénéficié de la campagne lancée par l'acteur de Superman Christopher Reeve paralysé après un accident en 1995 et décédé en 2004. Il avait même accusé M. Bush d'entraver la recherche permettant de guérir ces lésions.