Le virus du sida pourrait théoriquement être éliminé en dix ans, si tous les habitants des pays présentant un fort taux d'infection étaient régulièrement testés et traités, d'après un nouveau modèle mathématique.

Mis à jour le 26 nov. 2008
Maria Cheng ASSOCIATED PRESS

Ce résultat inattendu se base plus sur des hypothèses que sur des données réelles, et présente des failles logistiques. L'étude a été publiée mardi par le journal médical The Lancet dans son édition en ligne.

«C'est un résultat assez saisissant» estime Charlie Gilks, un spécialiste du traitement de la maladie à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui fait partie des auteurs de l'article. «Dans un temps relativement court, nous pourrions potentiellement assommer l'épidémie», commente-t-il.

L'étude se base sur des éléments recueillis en Afrique du Sud et au Malawi. Les patients étaient testés volontairement chaque année et recevaient les médicaments nécessaires s'ils étaient séropositifs, qu'ils développent ou non la maladie. En dix ans, l'infection a reculé de 95%. Cette stratégie pourrait permettre de faire diminuer par deux l'estimation du nombre de morts dus au sida entre 2008 et 2050, la faisant passer de 8,7 millions à 3,9 millions.

Les experts évaluent le coût du projet à environ 3,4 milliards de dollars par an, même si ces dépense seraient amenées à diminuer après un investissement initial. Selon l'OMS, 33 millions de personnes sont séropositives dans le monde.

Mais l'augmentation de l'accès aux tests et aux traitements n'est pas à la portée de nombreux pays, notamment en Afrique, où les taux d'infection sont les plus élevés au monde. En outre, les médecins manquent de recul sur les conséquences de la prise de ces médicaments pendant des dizaines d'années.

D'autres spécialistes posent aussi la question du respect du droit des patients. Une fois testés séropositifs, ces derniers se verraient conseiller de commencer un traitement, même s'ils ne développent pas la maladie. Or, les médicaments contre le sida ont des effets secondaires très importants, comme les vomissements, les maladies du foie et les attaques cardiaques.

L'OMS souligne que les résultats de l'étude ne donnent pas le signal d'un changement de politique. «Il s'agit juste d'un exercice théorique», affirme le Dr Kevin De Cock, directeur du département du sida au sein de l'organisation, soulignant que l'OMS pourrait organiser une réunion l'an prochain pour étudier plus précisément cette idée.

Sur Internet: www.lancet.com et www.who.int