Le séquençage du génome à partir d'un os et d'une dent d'un hominidé éteint il y a 30 000 ans révèle que ce lointain cousin de l'homme, jusque-là inconnu, était apparenté à l'homme de Neandertal et aux ancêtres des habitants de Nouvelle-Guinée, selon des travaux publiés mercredi.

Publié le 22 déc. 2010
Jean-Louis Santini AGENCE FRANCE-PRESSE

Une équipe internationale de recherche menée par l'anthropologue Svante Pääbo de l'Institut Max-Planck en Allemagne, a pu séquencer le génome nucléaire de cet hominidé disparu il y a au moins 30 000 ans.

Cet os et cette dent ont été mis au jour en 2008 dans la caverne Denisova située dans le sud de la Sibérie.

Les chercheurs ont déterminé qu'il s'agissait d'une femelle venant d'un groupe d'hominidés partageant une origine ancienne avec les Néandertaliens, qui a ensuite divergé.

Ces «nouveaux» hominidés, baptisés Denisovans du nom de la caverne, soulèvent de nouvelles questions sur les origines de l'homme moderne, estiment ces chercheurs dont la communication paraît dans la revue britannique Nature datée du 23 décembre.

A la différence des Néandertaliens, les Denisovans n'ont pas contribué au patrimoine génétique des Eurasiens modernes. Ils partagent cependant un nombre élevé de variations génétiques avec les populations actuelles de Papouasie Nouvelle-Guinée qui pourraient avoir hérité jusqu'à 5% de gènes de Denisovans dans leur ADN.

Cela laisse penser qu'il y a eu des croisements entre les Denisovans et les ancêtres des Mélanésiens lorsque ces derniers se sont séparés des populations en Eurasie pour émigrer vers l'est.

Mais on ignore quand, où et dans quelle proportion ces croisements se sont produits, relèvent les auteurs de l'étude.

En se basant sur ces nouvelles révélations, les auteurs de ces travaux pensent que les ancêtres des Néandertaliens et des Denisovans sont venus d'Afrique il y a environ 500 000 ans.

Les Néandertaliens se sont répandus vers l'Ouest, s'installant au Proche-Orient et en Europe, tandis que les Denisovans sont allés vers l'Est.

Ils se sont reproduits avec des humains il y a quelque 50 000 ans quand ces derniers se sont répandus le long des côtes en Asie du sud.

«Le fait que les Denisovans aient été découverts dans le sud de la Sibérie et aient contribué au patrimoine génétique des populations modernes de Nouvelle-Guinée montre que la présence de ce groupe pourrait avoir été étendue en Asie  depuis la fin du Pléistocène», soit entre 400 000 et 50 000 ans avant notre ère, explique David Reich, professeur adjoint à la faculté de Médecine de l'Université de Harvard, un généticien qui a mené l'analyse génétique des populations.

Certains fossiles découverts en Chine par exemple ne ressemblent pas à ceux des Néandertaliens, ni à ceux des humains modernes ou de l'Homo erectus, un ancêtre plus ancien de l'homme.

Ces chercheurs se demandent si ces fossiles pourraient s'apparenter davantage aux Denisovans. Mais pour le savoir, des fouilles sont prévues en Sibérie dans la zone où ont été découverts l'os du doigt et la dent afin de découvrir davantage de fossiles de Denisovans.

Ainsi des comparaisons pourront être faites avec des fossiles d'hominidés mis à jour en Chine, comme le crâne de Dali vieux de 200 000 ans et trouvé en Chine centrale.

Pour Svante Pääbo «la combinaison du génome de l'homme de Neandertal et de celui du Denisovan révèle la complexité des interactions génétiques entre nos ancêtres et les différents groupes d'hominidés anciens.»

Svante Pääbo avait conduit le séquençage de l'homme de Neandertal et révélé en mai des croisements avec des ancêtres de l'humain moderne qui aurait de 1 à 4% de gènes néandertaliens.