Beaucoup de parents préoccupés pas la transmission d'un certain héritage auront été heurtés par la décision rendue vendredi par le plus haut tribunal du pays dans le dossier du controversé cours d'éthique et de culture religieuse. Au-delà des considérations d'ordre juridique, c'est une véritable leçon que la cour sert aux parents sur ce qu'est et ce que sera le Québec que ces parents contribuent à mettre au monde.

Pierre Cardinal<br><br><i>L'auteur est étudiant au doctorat en théologie à l'Université Laval.</i>

On doit rappeler l'enthousiasme qu'avait d'abord suscité l'annonce de la mise en place de ce cours. Devant la réalité incontournable qu'est devenu le pluralisme religieux, la mise en place d'un cours non confessionnel orienté vers un enseignement culturel des religions semblait aller de soi. Ce lieu de convergence laïque était d'autant plus séduisant que la société d'accueil s'était détournée de sa propre tradition religieuse. En outre, plusieurs ont souscrit d'emblée à cette approche, il faut bien le dire, parce que le côté visible des communautés culturelles apparaissait davantage à travers l'observance de leurs prescriptions religieuses.

La crise des accommodements raisonnables est venue modifier quelque peu la perception envers le nouveau programme.  C'est la majorité qui, dans ce cours, devait apprendre à accepter l'autre. On l'a même qualifié de « cours d'accommodements raisonnables ». Le « nous » sécularisé se posait devant les communautés culturelles. Or, les parents qui se sont battus jusqu'en Cour Suprême n'appartenaient ni à l'un, ni à l'autre de ces deux groupes et ce, pour leur plus grand malheur.  Ils composent ce qu'il est dorénavant convenu d'appeler « la communauté culturelle canadienne-française », dont les partisans d'une identité civique québécoise aimeraient bien terminer l'intégration sans trop de résistance.

Ces parents sont demeuré attachés à leur tradition religieuse qu'ils cherchent à transmettre, mais appartiennent de plein droit, encore un temps du moins, à la société d'accueil. D'où la position inconfortable dans laquelle ils se trouvent placés, réclamant pour eux une exemption (un accommodement raisonnable si l'on veut), qui leur est refusée parce qu'ils font partie de la majorité et que celle-ci doit être accueillante.

En répondant que le multiculturalisme est « un fait de la vie en société », la cour ignore totalement cette situation particulière. Mais surtout, elle n'a pas saisi que c'est la dimension agnostique de la sphère publique, à laquelle on invite l'enfant à tendre, qui constitue un fait de société davantage préoccupant pour ces parents que le multiculturalisme. Les dangers, pour une foi naissante, de « l'exposition précoce » à une réduction culturelle de la religion doit être compris dans cette perspective.

On ressent une vive lassitude à la lecture du jugement de la cour, du fait que les juges en sont restés là où le débat était à l'annonce de l'implantation du cours. La problématique s'est élargie depuis, et la question requiert maintenant qu'on l'aborde avec plus de détachement idéologique. Il y aurait lieu par exemple de moduler la responsabilité de l'État à l'autorité parentale, ou si l'on préfère, l'impératif de l'éducation à la citoyenneté à la juste préservation de l'identité au sein d'une communauté d'appartenance. Dans la mesure où la sphère publique ne comporte plus aucun palier, que l'enfant doit y plonger dès son plus jeune âge, à l'instant où il met le pied hors de son « environnement familial immédiat », la cour choisit résolument de se positionner à une extrémité du spectre.