Dans sa chronique du 17 décembre portant sur «Le SOS du Dr Julien», Michel Girard soulignait, avec raison, l'écart important entre les contribuables québécois et ceux des autres provinces au titre des dons de charité. Il citait des statistiques fiscales qui démontrent que «les Québécois arrivent... bon dernier dans la compilation des dons de bienfaisance par habitant, avec une somme de 136$». Pourquoi les Québécois sont-ils bons derniers dans les déductions réclamées au fisc?

Publié le 22 déc. 2011
Michel Audet<br><br><i>L'auteur a été membre du cabinet Charest de 2003 à 2007. Il a été notamment été ministre des Finances de 2005 à 2007.</i>

Il est possible qu'une proportion plus grande de Québécois ne réclame pas de reçus pour les dons qu'ils font. Il est également possible que la générosité des Québécois soit moins aiguisée que celle des autres provinces. Mais les données des Comptes économiques 2010, publiées la semaine dernière, permettent d'avancer une autre explication. Selon Statistique Québec, le Québec se situait à l'avant-dernier rang des provinces canadiennes pour le revenu personnel disponible par habitant - juste devant l'île du Prince Édouard. Pourtant, le même document révélait qu'au titre du revenu personnel par habitant, le Québec se situait au cinquième rang.

Pourquoi cette chute brutale du cinquième au neuvième rang lorsque l'on considère non pas le revenu personnel, mais le revenu personnel disponible par habitant? Parce que le revenu personnel disponible, c'est l'argent qui reste dans nos poches, une fois qu'on a soustrait les taxes et les impôts. Le constat est simple: cette dégringolade résulte des impôts et taxes plus élevés dans La Belle Province en 2010 (avant même la hausse de la TVQ en 2011 et 2012). À l'évidence, le Québec est actuellement le champion canadien au titre du fardeau fiscal. C'est, bien sûr, le prix à payer pour financer une facture plus élevée pour des services publics que ne se donnent pas les autres provinces - assurance parentale, garderies à 7$, assurance-médicaments, frais de scolarités inférieurs, etc. Mais le résultat de cette facture est incontournable: le revenu disponible par habitant du Québec chute d'année en année.

Ce fardeau fiscal explique, peut-être, pourquoi tant de contribuables répondent par la phrase - «Je donne déjà suffisamment en impôts» - aux bénévoles dans les campagnes de collecte de fonds. Ce prétexte trop facile est en train de devenir, malheureusement, une affirmation confirmée par les données fiscales. A contrario, cela pourrait expliquer pourquoi c'est l'Alberta qui, à la fois, affiche le revenu disponible le plus élevé au Canada et arrive en tête des provinces pour les dons de charité. Des chiffres qui devraient faire réfléchir certains politiciens qui soutiennent qu'il faut augmenter encore plus les impôts des Québécois pour réduire... la pauvreté. Il faudrait leur rappeler cette sentence lapidaire lancée en 1983 par le président socialiste français François Mitterrand: «Trop d'impôts tue l'impôt.»