La Chine a bien résisté à la crise globale jusqu'ici. Sa croissance économique a dépassé 10% l'année dernière et atteindra encore 9% cette année. Elle a cependant ralenti ces trois derniers mois et devrait tomber à environ 8,0-8,5% l'année prochaine.

Publié le 17 déc. 2011
Françoise Lemoine<br><br><i>L'auteure est économiste senior au Centre d'études prospectives et d'informations internationales à Paris.</i>

La première raison en est le fléchissement de la demande extérieure, celle de l'Europe surtout, qui est le plus grand marché d'exportation de la Chine. En novembre, les exportations chinoises ont à peine progressé (de 5% en valeur vers la zone euro) et les commandes sont au plus bas. Comme les exportations absorbent 30 à 40% de la production industrielle chinoise, celle-ci montre déjà les signes d'un ralentissement qui a toutes chances de s'accentuer au cours des prochains mois si la situation économique mondiale continue de se dégrader.

Un autre secteur fait peser des risques sur l'économie chinoise: l'immobilier. En 2010 et 2011, les autorités ont pris une série de mesures pour dégonfler la bulle immobilière en pleine expansion dans les grandes villes. Elles ont limité des crédits, relevé les taux d'intérêt sur les prêts hypothécaires, augmenté les apports personnels requis pour l'acquisition de logements. Les mesures ont fini par faire sentir leurs effets et le volume des transactions ainsi que les prix ont commencé à baisser. Comme le secteur immobilier pèse lourd dans l'économie (12% du PIB) et qu'il a des retombées importantes sur l'activité du bâtiment et des industriels en amont (acier, verre, ciment), son marasme va freiner la croissance.

Ce ralentissement dans l'immobilier va aussi avoir des répercussions sur les finances du pays. En effet, la vente des terrains à bâtir a été pour les gouvernements locaux une source importante de revenus (40% de leurs budgets) qui est en train de se tarir. Dans ces conditions, les autorités locales n'ont plus assez de moyens pour mener à bien les programmes de construction de logements sociaux, et pour rembourser les crédits qu'elles ont contractés en 2009 et 2010 pour financer les investissements du plan de relance. On sait déjà qu'une bonne partie de leur dette va donner lieu à une recrudescence des créances douteuses dans les bilans des banques.

A certains égards pourtant, le freinage de la croissance pourrait n'être pas une mauvaise chose pour l'économie chinoise. Du fait de la démographie, les besoins de créations d'emplois sont moindres que dans le passé; le 12e plan pour 2011-2016 prône d'ailleurs une croissance modérée, rééquilibrée au profit des services, et un redéploiement de l'activité industrielle vers les régions de l'intérieur.

Mais le ralentissement s'accompagne de difficiles ajustements régionaux et structurels. Les provinces côtières, qui assurent la quasi-totalité des exportations du pays, sont frappées de plein fouet par la stagnation économique mondiale. Les fermetures d'usines et les mouvements sociaux se multiplient.

Dans un tel contexte, il est peu probable que Pékin poursuive une politique de réévaluation du yuan, ce qui serait pourtant un des éléments clef pour la mise en ordre du système financier du pays.