À en juger par la couverture médiatique, la flottille pour Gaza risque de sombrer dans un océan d'encre. Elle a déjà sombré dans un océan d'inepties.

Publié le 5 juill. 2011
Julien Bauer<br><i>L'auteur enseigne au département de science politique de l'UQAM.</i>

À en juger par la couverture médiatique, la flottille pour Gaza risque de sombrer dans un océan d'encre. Elle a déjà sombré dans un océan d'inepties.

L'idée officielle est de briser le blocus israélien de Gaza. Deux remarques à ce sujet. Le blocus est parfaitement légal, en conformité avec le droit international qui permet à un État d'imposer un blocus à une entité ennemie. Dans la mesure où Gaza a lancé plus de 12 000 roquettes sur la population civile israélienne, il correspond à la notion d'ennemi. Ceci est tellement évident qu'aucun État hostile à Israël, et ils ne manquent pas, n'a porté plainte devant les instances internationales pour faire lever le blocus. Deuxième remarque: le blocus n'est pas complet. Soixante-douze pour cent (72%) de l'électricité et 80% de l'eau consommées à Gaza sont fournis par Israël. Chaque jour plus de 200 camions livrent des marchandises d'Israël vers Gaza.

Tout ce que fait Israël est de vérifier qu'il n'y a pas d'armes, explosifs et autres roquettes dans les livraisons vers Gaza. Le premier fait est connu de tous les responsables politiques. Seuls des analphabètes dont la raison d'être, avant de se renseigner sur la réalité, est de blâmer Israël, seuls des Amir Khadir, Gérald Larose, Raymond Gravel et Manon Massé continuent à évoquer, avec des trémolos dans la voix, le blocus «illégal».

Le deuxième fait est moins connu, car nombreux sont les gens qui acceptent, sans vérification, toutes les affirmations qui émanent du Hamas, au pouvoir à Gaza. Selon les organisateurs de la flottille, la situation humanitaire est tragique à Gaza. Comment expliquer qu'en un an, deux centres commerciaux y ont ouvert leurs portes? Le Gaza Mall, inauguré en juillet 2010, comprend des magasins qui regorgent de marchandises.

Peu importent les faits, nos propagandistes savent, eux, envers et contre tous, que la situation à Gaza est tragique. Tragique, elle l'est, non pas pour le Hamas mais pour la majorité des résidants de Gaza. Les femmes y sont traitées comme des citoyens de deuxième catégorie. Elles doivent s'habiller avec des sacs de pommes de terre dans le style taliban et n'ont qu'un seul droit reconnu par le Hamas: se taire. Mais pour Manon Massé, le sort des femmes de Gaza ne mérite aucun geste de solidarité.

Les chrétiens, une petite minorité à Gaza, sont la cible d'attaques contre leurs églises, leurs librairies... Mais le sort des chrétiens de Gaza ne mérite aucun geste de solidarité de l'abbé Gravel. Les défenseurs des droits de la personne, peu nombreux car il faut un courage extraordinaire pour défendre ces droits sous un régime totalitaire, sont régulièrement menacés et arrêtés. Mais le sort des démocrates ne mérite aucun geste de solidarité d'Amir Khadir. Les partisans de Fatah sont arrêtés, torturés, jetés depuis le sixième étage des immeubles. Mais le sort des membres de Fatah ne mérite aucun geste de solidarité de Gérald Larose. Nos croisés se moquent éperdument du sort des Gazaouis, victimes de Hamas, mais sont des inconditionnels du Hamas.

À titre d'information, voilà ce que dit l'article 7 de la Charte du Hamas: «Le jour du jugement ne viendra pas jusqu'à ce que les Musulmans combattent les Juifs, tuent les Juifs, que le Juif se cachera derrière des pierres et des arbres. Les pierres et les arbres diront: oh Musulmans, il y a un Juif derrière moi, viens et tues-le.»

Quiconque apporte son soutien à Hamas s'exprime en faveur du racisme.

Autre texte, exclusif à Place-publique: Flottille de Gaza: une initiative sage et lucide