La vieille conception de l'enseignement datant du XIXe siècle selon laquelle le maître déverse son savoir dans des cruches vides qui ne demandent qu'à se remplir de la science du professeur est obsolète. La méthode du bâton et de la carotte chère aux béhavioristes ne fonctionne plus. Aujourd'hui, les sources de connaissances sont multiples, ouvertes, accessibles, interactives et omniprésentes.

Publié le 17 juin 2011
Guy Ferland
L'auteur enseigne la philosophie au Collège Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse.

La vieille conception de l'enseignement datant du XIXe siècle selon laquelle le maître déverse son savoir dans des cruches vides qui ne demandent qu'à se remplir de la science du professeur est obsolète. La méthode du bâton et de la carotte chère aux béhavioristes ne fonctionne plus. Aujourd'hui, les sources de connaissances sont multiples, ouvertes, accessibles, interactives et omniprésentes.

Les enseignants nostalgiques de la position du professeur trônant sur son piédestal devant des élèves dociles, bouches ouvertes, remplis d'admiration et de respect devraient changer leurs façons d'envisager l'enseignement, car ils sont à des années-lumière du dynamisme des jeunes de la génération C, connectés, créatifs et collaboratifs.

On dirait, à entendre les chantres de l'école d'hier, que l'apprentissage ne peut rimer qu'avec la douleur. Il y a là un surinvestissement de l'effort douloureux et une méfiance envers le plaisir d'apprendre qui relève presque de la conception judéo-chrétienne du péché.

D'abord, est-il réellement démontré qu'apprendre en souffrant est nécessairement mieux que d'apprendre dans la joie, le plaisir et le partage? Et si l'apprentissage par le jeu, l'interaction et le partage procurait davantage de bons résultats et correspondait mieux à la réalité d'aujourd'hui?

D'ailleurs, ne pourrait-on pas troquer l'école du tableau noir contre une école ouverte, interactive, stimulante, enrichissante et ludique? Y aurait-il moins d'échecs et d'abandons dans ce contexte? Les garçons, qui carburent bien souvent aux défis concrets, réussiraient-ils mieux qu'aujourd'hui? Pourquoi ne pas essayer?

A fortiori, était-ce réellement mieux avant, lorsque les enseignants étaient juchés sur leur estrade devant des classes d'élèves passifs et craintifs? Pour l'amour-propre des enseignants qui ont fait leurs classes, comme le soulignait un récent manifeste, sûrement. Mais pour le bien-être des élèves, c'est fort douteux.

Qu'on se pose encore la question de savoir si c'est à l'école de s'adapter à la réalité des jeunes d'aujourd'hui ou si ce sont plutôt les élèves qui doivent s'adapter à l'école d'hier, relève d'une aberration.

Ce n'est pas parce que le niveau collégial représente un passage vers l'éducation dite supérieure et professionnelle qu'il faille revenir au stade de l'école du XIXe siècle. D'ailleurs, en quoi est-il supérieur, ce niveau d'enseignement? Dans l'autonomie que les élèves auraient dû acquérir magiquement en deux mois entre la 5e secondaire et le cégep?

Quoi qu'il en soit, un enseignant devrait bâtir ses cours en prenant les élèves là où ils sont pour les amener plus loin encore dans le monde du savoir. Il lui faudrait cependant reconnaître que les jeunes qui lui font face sont déjà ailleurs que là où ceux de sa génération étaient au même âge. Sans remise en question de ses propres pratiques pédagogiques, cela est impossible.

L'humilité et le courage d'apprendre à son tour des nouvelles générations sont les qualités incontournables pour être un bon pédagogue, il me semble. Pour bien guider les élèves, il faut leur donner le goût de connaître et établir un lien de confiance mutuelle. La marche vers le savoir devrait se faire main dans la main.