Jocelyn Coulon («Le moment fédéraliste») estime que la défaite électorale du Bloc québécois est une défaite pour le projet indépendantiste. Cette conclusion ne surprend pas sous la plume d'un ancien candidat libéral fédéral. On peut lire des affirmations semblables dans l'essentiel de la presse anglo-canadienne qui se réjouit non seulement de la «mort du séparatisme», mais également de l'affaiblissement du poids politique du Québec. Est-ce cela, aussi, le «moment fédéraliste» qu'applaudit M. Coulon?

Bernard Drainville<br><i>Député péquiste de Marie-Victorin, l'auteur réagit à l'opinion de Jocelyn Coulon, intitulée «Le moment fédéraliste», qui a été publiée le 9 mai.</i>

Jocelyn Coulon («Le moment fédéraliste») estime que la défaite électorale du Bloc québécois est une défaite pour le projet indépendantiste. Cette conclusion ne surprend pas sous la plume d'un ancien candidat libéral fédéral. On peut lire des affirmations semblables dans l'essentiel de la presse anglo-canadienne qui se réjouit non seulement de la «mort du séparatisme», mais également de l'affaiblissement du poids politique du Québec. Est-ce cela, aussi, le «moment fédéraliste» qu'applaudit M. Coulon?

Que l'élection du 2 mai soit une défaite pour le Bloc québécois est une évidence, mais rien n'indique que les Québécois aient voulu sanctionner le projet souverainiste en soi. Le dernier sondage de Léger Marketing nous indique les deux principales raisons pour lesquelles les Québécois ont voté NPD: la volonté de changement et la perception que ce dernier était plus apte à barrer la route à un gouvernement conservateur majoritaire.

En somme, la victoire du NPD au Québec n'est pas une victoire pour le fédéralisme, c'est la victoire d'un parti fédéraliste, le NPD, jugé mieux à même que le Bloc de battre un autre parti fédéraliste, les conservateurs. Beaucoup de souverainistes ont voté pour le parti de Jack Layton, dont plusieurs des candidats, par ailleurs, étaient souverainistes.

Réglons ça une fois pour toutes: je n'ai jamais parlé de «vrais» ou de «faux» Québécois. Ma position est claire et je l'ai maintes fois répétée, y compris pendant la campagne: «Est Québécois celui qui vit au Québec». Autrement dit, au Québec, il n'y a que des vrais Québécois. Cette règle ne souffre d'aucune exception.

À titre de porte-parole des affaires intergouvernementales, j'ai cependant rappelé aux Québécois qu'il fallait placer les intérêts du Québec avant ceux du Canada, qu'il fallait penser au Québec d'abord. C'est ce qui m'a amené à dire que celui qui est Québécois d'abord devrait voter Bloc, car c'est le seul parti qui met les intérêts du Québec avant ceux du reste du Canada. J'admets que le choix des mots aurait pu être plus heureux mais, sur le fond, cela me semble incontestable.

Le Bloc est d'ailleurs le seul parti qui n'a pas voté la constitution qui nous exclut et qui n'a pas voté l'infâme loi Dion contre le droit du Québec à disposer de lui-même, loi conçue et votée par le parti pour lequel M. Coulon a été candidat.

Les fédéralistes ont droit à leurs opinions et font leurs choix, mais je n'accepte pas qu'on travestisse mes paroles et qu'on m'accuse, comme M. Coulon le fait, de «terrorisme intellectuel».