Les libéraux et le Bloc québécois sont confrontés à la possibilité de subir des pertes historiques aux élections de lundi. Mais il existe un autre groupe de gens qui sortent en rampant et rouges de honte de la campagne électorale et dont la crédibilité a été passablement amochée: les experts.

John Ibbitson<br><i>L'auteur est chef du bureau du «Globe and Mail» sur la colline parlementaire, à Ottawa.</i>

Les libéraux et le Bloc québécois sont confrontés à la possibilité de subir des pertes historiques aux élections de lundi. Mais il existe un autre groupe de gens qui sortent en rampant et rouges de honte de la campagne électorale et dont la crédibilité a été passablement amochée: les experts.

L'auteur de ces lignes fait partie d'une classe d'analystes politiques qui ont réussi à se tromper sur toute la ligne au sujet de ces élections. La litanie de nos erreurs est d'une longueur embarrassante, mais deux erreurs de pronostics flagrantes ressortent du lot.

Premièrement, nous avons presque tous présumé que les résultats du Bloc seraient, dans ces élections, aussi bons que par le passé. Cinquante sièges au Québec, à quelques sièges près, leur revenaient d'office, et cette fois, ce ne serait pas différent. Quelques personnes à peine parmi les proches observateurs du parti ont su détecter une lassitude croissante envers Gilles Duceppe et, chez les électeurs, un grand désir de trouver une solution de rechange intéressante.

Et personne n'a prédit que cette solution se révélerait être le NPD de Jack Layton. Ça, c'est l'autre raté. Le NPD, comme nous l'avons expliqué avec une grande assurance avant le début de la campagne, se trouvait coincé d'un côté par les libéraux, qui s'étaient approprié une partie de leur plateforme et, selon plusieurs, allaient récolter une partie de leurs votes et, de l'autre, par les conservateurs, qui avaient des vues sur ses sièges en Colombie-Britannique. M. Layton avait combattu un cancer et s'était récemment cassé une hanche. Nous avons prédit que cette élection serait, à l'extérieur du Québec, une lutte à deux entre les conservateurs de Stephen Harper et les libéraux de Michael Ignatieff.

Mais M. Layton a refusé de se laisser abattre. Il a fait campagne avec vigueur et a allégrement écrasé ses adversaires dans les débats des chefs. Tout d'abord lentement, puis assez vite, le NPD a effectué une remontée dans les sondages.

L'auteur du présent texte n'oubliera pas de sitôt le jour où, à bord de l'avion de campagne libéral, on nous a appris au moment de l'atterrissage que le NPD arrivait en deuxième position dans un sondage. Les journalistes se sont tous regardés, l'air ébahi. Les libéraux ont détourné les yeux.

Notre seule consolation, c'est que si nous n'avons pas su prévoir la tendance de cette campagne de l'extérieur, les stratèges des partis qui devaient la planifier de l'intérieur n'ont pas fait de meilleures prédictions. Personne n'avait imaginé ce qui se passe maintenant, à l'exception de quelques stratèges du NPD que personne n'a crus.

Au départ, les conservateurs étaient ravis de la remontée du NPD, pensant que cela allait diviser le vote de la gauche et permettre l'élection de députés conservateurs. Puis les néo-démocrates ont continué à monter, encore et encore plus haut. Aujourd'hui, à deux jours des élections, les conservateurs sont mis en péril par le NPD en Colombie-Britannique et, de plus en plus, en Ontario et au Québec.

Lundi, il est possible que les conservateurs gagnent les circonscriptions où la montée du NPD a causé une division du vote et en ressortent avec un gouvernement majoritaire. Mais la division du vote pourrait aussi favoriser le NPD. On peut affirmer avec une quasi-certitude que cela ne fera pas pencher la balance en faveur des libéraux, qui se trouvent dans une situation où ils risquent, pour la première fois de leur histoire, de perdre trois élections sous trois chefs différents.

Alors, comment cela va-t-il se passer ? Eh bien, à la soirée électorale, voilà à quoi il faut vous s'attendre...

À bien y penser, laissez tomber. Je n'en ai pas la moindre idée. Et de toute façon, quelle raison auriez-vous de me croire?