Avec le séisme et son tsunami, le Japon affronte une fois de plus une épreuve exceptionnelle en démontrant les qualités typiques de son peuple : sobriété, discipline, probité.

Publié le 14 mars 2011
Jean Dorion<br><i>Député à la Chambre des communes, l'auteur connaît bien le Japon, notamment pour y avoir été délégué général du Québec de 1994 à 2000.</i>

Avec le séisme et son tsunami, le Japon affronte une fois de plus une épreuve exceptionnelle en démontrant les qualités typiques de son peuple : sobriété, discipline, probité.

Sobriété: au Japon, la dramatisation est mal vue. Depuis le début des événements, le bilan officiel des victimes est toujours resté, d'heure en heure, bien inférieur à ce que la violence des éléments déchaînés portait à supposer. Au Japon, que les choses aillent bien ou mal, on n'exagère pas; on rapporte ce qu'on sait.

Discipline: il est des cataclysmes que l'homme ne peut vaincre. Mais aucun pays n'était davantage préparé que le Japon à affronter un tsunami avec le moins de pertes humaines possible. Aucun n'aurait pu faire mieux. On pense évidemment aux instructions en cas de séisme données depuis longtemps et régulièrement aux citoyens, aux exercices périodiques d'évacuation des immeubles, aux omniprésents kits de sécurité. Mais il existe aussi bien d'autres signes d'une société plus généralement soucieuse en tout temps de la sécurité de tous ses membres et de leur bon comportement : sermons civiques hebdomadaires des directeurs d'école, sévérité des examens de conduite automobile, vérification périodique minutieuse de l'état des véhicules, affiches appelant aux bonnes manières dans les lieux publics, etc.

Probité: dans quel autre pays, pauvre ou riche, après une catastrophe semblable, trouverait-on, à proximité immédiate des zones dévastées, des supermarchés toutes portes ouvertes et les clients faisant paisiblement la queue pour payer leurs provisions? La quasi-absence de pillage contraste avec tant de scènes vues ailleurs dans des circonstances comparables.

Que conclure de ce qui précède  Je ne crois pas à «l'âme des peuples»; la culture d'une nation ne provient pas non plus d'un quelconque code génétique; elle est le produit des conditions dans lesquelles cette nation doit vivre et a dû vivre. La géographie et l'histoire du Japon ont été pour son peuple des écoles exigeantes.

L'archipel japonais presque entier n'est rien d'autre qu'un long massif montagneux surgi de l'océan, couvert d'une forêt très dense, et aux pentes abruptes incultivables et inhabitables. Dans d'étroites plaines côtières s'entassent 125 millions d'habitants dont l'existence serait invivable sans discipline civique et sans bonnes manières, comme sans une passion désespérée pour le travail. Le travail, clé, avec l'ingéniosité, de la réussite prodigieuse d'un pays dépourvu de ressources.

«Je considère que la situation actuelle, avec le séisme, le tsunami et les centrales nucléaires, est d'une certaine manière, la plus grave crise en 65 ans, depuis la Seconde Guerre  mondiale», a affirmé le premier ministre Naoto Kan. Il est vrai que la dépendance au nucléaire, dans un pays super-industrialisé mais dépourvu d'hydrocarbures et de longs courts d'eau «harnachables» comme sources d'énergie, crée un défi sans précédent.

Cela dit, le peuple japonais n'en est pas à sa première catastrophe: les typhons, les tremblements de terre à répétition, dont celui de Kobé, en 1995, et celui qui, dans le Grand Tokyo, en 1923, fit 140 000 morts. Les deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Plus meurtrier encore qu'aucune des deux bombes A: le raid aérien du 9 mars 1945 sur les quartiers ouvriers de Tokyo, qui aurait tué en deux heures, selon Paul Abrahams, journaliste du Financial Times, jusqu'à 100 000 travailleurs et membres de leurs familles dans leurs maisons de bois incendiées au napalm et au phosphore.

Les Japonais ne vous parleront pratiquement jamais de cela. À chacune de leurs épreuves, ils pleurent un moment et se remettent à travailler. La sobriété, vous dis-je.