L'école Marc-Favreau, comme certaines autres écoles de la CSDM, a choisi depuis quelques années d'organiser l'enseignement en classes de looping: un même enseignant poursuit avec son groupe d'élèves pendant deux années, soit la durée d'un cycle du primaire.

Publié le 13 mars 2011
Nicole Nadeau
L'auteure est pédopsychiatre et mère d'un écolier âgé de 8 ans. Elle habite à Montréal.

L'école Marc-Favreau, comme certaines autres écoles de la CSDM, a choisi depuis quelques années d'organiser l'enseignement en classes de looping: un même enseignant poursuit avec son groupe d'élèves pendant deux années, soit la durée d'un cycle du primaire.

À cette école, une enseignante a souhaité mener l'expérience encore plus loin, en poursuivant avec son groupe d'élèves pendant deux cycles, de la 1re à la 4e année du primaire. Je suis témoin privilégiée de cette expérience puisque mon fils aîné est actuellement en 3e année, dans la classe de Sonia depuis sa 1re année.

Ayant trop souvent lu ou entendu des témoignages contraires relatant les méfaits de la discontinuité et des changements d'enseignants au cours d'une même année au début du primaire, j'ai senti le besoin d'apporter une note plus positive au tableau.

Lors d'un petit déjeuner de Noël auquel les parents étaient conviés, j'ai eu l'occasion d'observer la classe de Sonia: 24 élèves âgés de 8 ou 9 ans, d'origines ethniques et de langues maternelles variées. J'ai été frappée par l'harmonie des relations entre les enfants et la discipline naturelle qui régnait dans la classe, malgré l'effervescence de ce 23 décembre. Les enfants semblaient épanouis et heureux d'être là. Le temps venu, ils se sont rapidement mis au travail, prêts à entreprendre leur dernière journée d'école avant le congé de Noël.       

Lorsque j'ai interrogé Sonia sur les retombées de l'expérience du looping prolongé, elle m'a dit à quel point la connaissance plus intime de chacun de ses élèves lui permettait d'aller plus loin dans son projet pédagogique et de mieux soutenir ceux qui en ont le plus besoin. Au fil des années, il s'est créé au sein de la classe une solidarité qui fait que les élèves plus forts ont aidé et encouragé les élèves plus faibles, se montrant fiers de leurs succès. Car dans la classe de Sonia, la réussite du groupe a autant de prix que la réussite individuelle: d'un point de vue social, il s'agit d'une conception très évoluée de la réussite, d'autant plus intéressante qu'elle touche des enfants, naturellement réceptifs à ce type de valeur.           

Les retombées positives de cette expérience sont aussi du côté des parents. À la faveur du temps, une vraie relation s'est développée avec l'enseignante de notre enfant: nous avons le sentiment de savoir où en est notre fils dans sa progression académique, nous pouvons mieux l'accompagner. Et ceci, tout en respectant le territoire de l'enseignante et l'autonomie de notre enfant. Nous savons que Sonia est là, qu'elle veille au grain et saura nous informer en cas de besoin. Ce sentiment de confiance est partagé par bien des parents des élèves de Sonia avec qui j'ai eu l'occasion de discuter.    

Les enseignants sont confrontés à une tâche toujours plus exigeante et complexe, alors que les classes sont hétérogènes, qu'il faut intégrer les élèves en difficulté, satisfaire aux attentes parfois élevées des parents, en plus de s'adapter aux multiples réformes de l'enseignement. Cela ressemble à une mission impossible, et il n'est pas étonnant que plusieurs enseignants soient à bout de souffle, qu'ils aient parfois envie de capituler.

Au cours des premières années du primaire, la relation entre l'enfant et son professeur occupe une position centrale dans le processus d'apprentissage. Dans ce contexte l'expérience de la classe de Sonia apparaît porteuse, riche de multiples retombées tant du côté de l'enseignante, des élèves que de leurs parents: une enseignante et sa classe partagent le bonheur d'apprendre ensemble pendant quelques années.  La formule est d'une simplicité désarmante, elle ne requiert aucun budget supplémentaire, ni réforme, ni annonce ministérielle. Simplement de la bonne volonté du côté de la direction de l'école qui a fait confiance à son enseignante en soutenant son projet.