Autrefois trop coûteux à produire, le gaz de schiste est soudainement devenu l'une des ressources les plus prisées en Amérique du Nord en raison des avancées technologiques - comme le forage horizontal et la fracturation hydraulique en plusieurs étapes - qui ont rendu son extraction viable économiquement, même lorsque son prix est relativement faible.

Publié le 22 févr. 2011
Gerry Angevine<br><i>L'auteur est économiste principal au Centre des ressources mondiales de l'Institut Fraser.</i>

Autrefois trop coûteux à produire, le gaz de schiste est soudainement devenu l'une des ressources les plus prisées en Amérique du Nord en raison des avancées technologiques - comme le forage horizontal et la fracturation hydraulique en plusieurs étapes - qui ont rendu son extraction viable économiquement, même lorsque son prix est relativement faible.

Au Québec, plusieurs entreprises s'intéressent à la production de gaz provenant du shale de l'Utica dans les basses terres du Saint-Laurent qui, selon les estimations, contiendrait au moins 40 billions de pieds cubes de gaz extractible. Bien que des communautés en Colombie-Britannique, au Texas, en Louisiane, en Pennsylvanie et en Arkansas aient accepté le développement du gaz de schiste et les avantages économiques qui en découlent, le Québec hésite à saisir cette opportunité, comme en témoignent les appels à un moratoire sur le développement de cette ressource.  

Le Québec devrait plutôt s'inspirer de l'expérience du Nouveau-Brunswick, qui va de l'avant avec le développement de son propre gaz de schiste conformément à un cadre réglementaire détaillé et défini dès le départ afin d'assurer la protection de l'environnement.

Les expériences de développement du gaz de schiste en Colombie-Britannique et ailleurs portent à croire - malgré des différences dans les conditions géographiques d'une région à l'autre - que le gaz de schiste du Québec peut être développé de manière responsable et dans le respect de l'environnement. Le gouvernement du Québec peut adopter la réglementation nécessaire afin de protéger l'environnement et de garantir que les propriétaires fonciers reçoivent une indemnité adéquate pour permettre aux exploitants de gaz naturel d'accéder à leur terrain.

Un moratoire ne ferait qu'empêcher les Québécois de profiter des avantages économiques découlant d'un développement responsable. Ces avantages peuvent comprendre une réduction du fardeau fiscal des particuliers et des entreprises en raison des redevances versées à l'État par les producteurs de gaz de schiste.

Plutôt que de bloquer tout développement à l'aveuglette, le Nouveau-Brunswick saisit l'occasion de développer son gaz de schiste. On estime que ses ressources atteignent 60 billions de pieds cubes. Selon Bruce Northrup, ministre des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick, son gouvernement «appuie l'expansion responsable du secteur du gaz naturel, tout en veillant à la sécurité des propriétaires fonciers et de notre approvisionnement en eau souterraine. [...] Nous voulons que l'exploration et la mise en valeur des gaz de schiste se fassent dans le respect de l'environnement afin d'être sûrs de pouvoir profiter des retombées économiques possibles pour notre province».

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick est convaincu que l'actuel cadre législatif est plus qu'adéquat compte tenu de la faible activité de l'industrie dans cette province, qui se concentre principalement sur l'exploration. Il a mis en place un processus d'«étude d'impact sur l'environnement par étapes» afin d'assurer une planification convenable et de traiter des enjeux soulevés par des citoyens préoccupés. Ce processus implique que les impacts potentiels sur l'environnement soient répertoriés avant la mise en oeuvre d'un projet, de sorte qu'il soit possible d'en éviter les conséquences négatives.

Afin de comprendre comment l'industrie fonctionne ailleurs, M. Northrup et des collègues du ministère de l'Énergie et du ministère de l'Environnement du Nouveau-Brunswick ont récemment visité des sites de production de gaz de schiste en Arkansas, où le shale de Fayetteville occupe plus de 23 000 kilomètres carrés et où près de 3000 puits ont été forés. Ils ont constaté à quel point l'industrie du gaz de schiste a stimulé l'économie et, selon M. Northrup, a enrichi l'Arkansas, un État traditionnellement pauvre.

De plus, ils ont rencontré des propriétaires fonciers, des environnementalistes, des employés d'entreprises de production gazière, des fonctionnaires et des politiciens afin de s'informer directement au sujet des préoccupations et des défis environnementaux liés au développement du gaz de schiste et de voir comment on a relevé ces défis.  

Il ne s'agit que d'une partie du programme du Nouveau-Brunswick visant à mettre en place un cadre approprié pour le développement du gaz de schiste. Les décideurs de cette province ont appris qu'il est essentiel que les exploitants de puits de gaz naturel fournissent des renseignements détaillés au sujet de la quantité d'eau qu'ils prévoient utiliser et un compte rendu complet des autres ressources qu'ils prévoient injecter à la tête du puits pour faciliter la «fracturation» des schistes argileux sous la surface terrestre. De plus, ils ont compris l'importance de recycler autant que possible l'eau injectée afin de garantir qu'il en restera suffisamment pour l'agriculture et les autres usages.

Bien que le Nouveau-Brunswick soit enthousiaste à l'idée de faire profiter ses citoyens des avantages économiques du développement des gaz de schiste, son gouvernement est conscient du fait que des normes de protection environnementale élevées sont requises. Le Nouveau-Brunswick jette les bases d'un développement responsable du gaz de schiste, dont l'exploitation risque de se faire à grande échelle.

Le Québec ne devrait-il pas suivre l'exemple du Nouveau-Brunswick, plutôt que de simplement dire « non » au développement du gaz de schiste?