Fini le décrochage! On peut enfin être positif et parler de «persévérance scolaire». C'est mieux dit, on aime le mot «persévérance». Ça sonne mieux, mais c'est surtout la version politiquement correcte du même vieux concept... de décrochage.

Publié le 17 févr. 2011
Marc Dallaire<br><i>L'auteur est professeur à l'Institut de technologie agro-alimentaire de Saint-Hyacinthe. Il réside à Québec.</i>

Fini le décrochage! On peut enfin être positif et parler de «persévérance scolaire». C'est mieux dit, on aime le mot «persévérance». Ça sonne mieux, mais c'est surtout la version politiquement correcte du même vieux concept... de décrochage.

Adoucir les mots ne changera rien. L'élève continue de décrocher. Pas de vraie amélioration.

Alors, on se questionne... et on cherche un autre coupable. Qui accuser cette fois: le système scolaire? La réforme? Les professeurs? Et j'oubliais... les parents maintenant!  

On culpabilise tout, mais alors tout ce qui entoure notre cher élève. Car l'élève, il est forcément «non coupable». Le décrochage, ça lui tombe dessus, comme un virus qui nous empêche de fonctionner.

Alors, c'est qui le coupable?

Je suis prof. Je suis au front, chaque jour. Aux premières loges, quoi!

Mon avis? L'élève moyen ne peut pas être différent de la société dont il est issu... et ne peut être porteur que des valeurs dans lesquelles il baigne.  

Or, notre chère société québécoise ne valorise pas l'effort. Notre société valorise la consommation, la facilité, le crédit (pas l'épargne). En clair : l'immédiat. Tout le contraire de l'école, qui s'appuie sur l'effort, la contrariété et l'investissement, comme dans «bâtir son avenir». Et le futur, ce n'est pas l'immédiat.

Le iPod, le cellulaire, le portable, Facebook, le job, le fric et le social. C'est ça la vraie vie. Et c'est ça la vraie vie parce que c'est ce qu'il voit partout, à la télé et à la maison. C'est son exemple.

Étudier dans l'effort et la contrariété, c'est pas vraiment cool. Alors l'élève ne «persévère» pas. On lui reproche de ne pas savoir écrire, de ne plus lire, et d'avoir finalement acquis peu de choses. Mais l'élève est à notre image, comme société. On l'oublie, mais l'élève... les élèves, ce sont nos enfants!

Soyons honnêtes. Notre société valorise quoi? Le jeu. Le plaisir. Le «maintenant». Le joueur de hockey. L'animateur télé. Pas le jeune qui étudie dans l'ombre.

J'aimerais bien régler votre problème de «persévérance», mais je ne le peux pas. Cependant, un jour, l'élève décrocheur - pardon, peu persévérant - va atterrir. L'élève va dégriser de sa jeunesse. Ce jour-là, je lui dirai de relire La cigale et la fourmi de LaFontaine. Et quand il besognera dans ce qu'il haïra pour payer ses comptes, il pourra alors montrer l'exemple à ses enfants de ce qu'ils ne doivent pas faire... s'il en a, évidemment.