Il n'y a pas si longtemps, avant la Révolution tranquille, nos parents géraient leurs vies eux-mêmes et n'attendaient pas grand-chose du gouvernement. Le bon citoyen subvenait à ses besoins et à ceux de sa famille... tout simplement!

Publié le 19 janv. 2011
Pierre Simard
L'auteur est professeur à l'École nationale d'administration publique, à Québec.

Il n'y a pas si longtemps, avant la Révolution tranquille, nos parents géraient leurs vies eux-mêmes et n'attendaient pas grand-chose du gouvernement. Le bon citoyen subvenait à ses besoins et à ceux de sa famille... tout simplement!

Le monde a bien changé. De nos jours, le bon citoyen est celui qui paie ses taxes et ses impôts sans rien dire. En réalité, chez les bien-pensants, on assimile le Québécois à un crétin.

Cette conviction est à ce point répandue que plus personne n'a de gêne à nous le rappeler. Prenez la proposition Castonguay sur les pensions obligatoires. Ce rapport est truffé d'allusions à l'incapacité des citoyens de prendre leurs responsabilités:

«De façon générale, la personne [...] n'est généralement pas en mesure, par manque de connaissance, de prendre des décisions éclairées.»

«À l'exception d'une minorité [...] la grande majorité des personnes sont démunies.»

«Les travailleurs [...] n'ont ni les connaissances ni l'expertise pour prendre des décisions rationnelles [...]»

On aura évidemment compris que le «père de l'assurance maladie» accrédite la thèse voulant que les Québécois soient incapables de gérer leur propre vie. Des irresponsables finalement!

On ne compte plus les fois où l'imbécilité de l'homme sert de légitimation à l'interventionnisme d'État. Quand ce n'est pas un politicien, c'est un groupe de pression ou un intellectuel qui vient promouvoir, au nom du crétinisme citoyen, une mainmise de l'État sur nos vies. Comme pour les gens atteints de troubles psychiatriques, il prescrira la tutelle d'une partie de nos revenus et se réclamera du pouvoir de décider à notre place. À terme, ces ponctions successives nous enlèveront pratiquement tout moyen d'exercer une quelconque liberté de choix sur notre vie.

Et encore! L'oeuvre de crétinisation des citoyens est intarissable. Chaque semaine, les autorités briment nos libertés individuelles sous prétexte que nous sommes incapables d'exercer des choix rationnels, que dis-je, d'exercer le moindre jugement ou même de discerner le bien du mal.

La semaine dernière, outre le rapport Castonguay, on a eu droit à la censure d'un vieux «classique rock» du milieu des années 80 et à la diabolisation du violent discours de la droite américaine. Une autre semaine où nos élites se seront affairées à nous mettre en garde et à nous protéger contre nous-mêmes!

Depuis 50 ans, nos gouvernements se font les champions d'initiatives visant à délester les citoyens de leur responsabilité. Ils s'occupent désormais de votre santé, de l'éducation de vos enfants, de vos pensions, etc. Ils assurent également votre protection contre à peu près n'importe quoi, y compris le fromage au lait cru et la malbouffe des arénas.

Dans les années 70, à mon tout premier cours d'économique, mon professeur avait lancé la question suivante: qu'est-ce qui distingue l'économie québécoise d'une économie de type socialiste? Le système économique québécois, nous expliqua-t-il, repose sur l'idée que l'individu est mieux placé que quiconque pour décider ce qui est bon pour lui. Il devait sans doute faire une blague!