Chaque année depuis 15 ans, la Fédération des médecins résidents du Québec multiplie les efforts afin que les médecins en formation et les établissements de santé du Québec puissent se rencontrer et échanger sur les aspirations et compétences des uns et les besoins des autres. Cette année encore, notre Journée Carrière, la plus grande foire de l'emploi médical au Québec, a lieu dans une situation paradoxale des plus grotesques.

Publié le 30 oct. 2010
Charles Dussault<br><br><i>L'auteur est médecin et président de la Fédération des médecins résidents du Québec. Sa lettre ouverte est adressée au ministre de la Santé, Yves Bolduc.</i>

Chaque année depuis 15 ans, la Fédération des médecins résidents du Québec multiplie les efforts afin que les médecins en formation et les établissements de santé du Québec puissent se rencontrer et échanger sur les aspirations et compétences des uns et les besoins des autres. Cette année encore, notre Journée Carrière, la plus grande foire de l'emploi médical au Québec, a lieu dans une situation paradoxale des plus grotesques.

Ce sont 120 établissements; 120 établissements avec des besoins criants; 120 établissements en quête de médecins; 120 établissements pour lesquels vous n'aurez pas donné la marge de manoeuvre nécessaire pour procéder au recrutement des médecins spécialistes, qui leur permettraient de répondre aux besoins des populations qu'ils desservent.

En effet, depuis 2008, vous n'avez ajouté aucun poste en spécialité, préférant combler les besoins à la pièce, sous prétexte d'évaluation, de planification, de réorganisation. Rien n'a bougé en 2009, rien n'a bougé en 2010 et rien ne nous dit que cela bougera en 2011, à part quelques promesses pour nous faire taire.

Résultat: il n'y a plus assez de postes pour tous les médecins résidents en spécialité. Vous avez augmenté les admissions en médecine, mais vous négligez d'agir pour qu'ils aient un poste à la fin de leur formation. Et vous dites que l'accessibilité aux soins est votre priorité. Belle planification!

Depuis quelques années déjà, nous dénonçons les difficultés que les finissants en médecine ont à se trouver des postes au Québec, alors que les établissements peinent à répondre aux besoins de la population. Et vous persistez à faire la sourde oreille!

Dans un contexte où pas une journée ne passe sans qu'on ne parle dans les médias de la pénurie de médecins ; de la difficulté des femmes enceintes à trouver un obstétricien pour assurer le suivi de leur grossesse; du manque de ressources pour répondre à la demande dans le cadre du programme de fécondation in vitro, comment est-il possible que seuls 13 postes soient disponibles pour 36 nouveaux obstétriciens-gynécologues?

Alors que vous faites du cancer votre priorité, pourquoi offrir seulement 21 postes pour 33 nouveaux hémato-oncologues? Et qu'est-ce qui peut justifier que seulement 21 postes soient disponibles pour 44 cardiologues? Et que faites-vous pour les sept finissants en chirurgie cardiaque et les quelques autres en formation pour lesquels aucun poste n'est actuellement disponible?

Pour régler le problème, il faudra le concours d'un acteur trop silencieux : vous, monsieur le ministre. Vous connaissez les problèmes. Vous savez que la situation est intenable et vous êtes conscients des risques qu'il y a à ne rien faire. Mais vous persistez à ne rien faire.

Cela fait trois ans que vous réévaluez vos façons de faire. Il est temps d'agir et de permettre à tous les nouveaux médecins spécialistes de répondre aux besoins d'une population qui en a assez d'attendre pendant des mois, voire des années pour un rendez-vous ou un traitement. La procrastination ministérielle dans ce domaine est inacceptable.