De plus en plus, le besoin d'investir et de développer les transports en commun fait l'unanimité dans la population québécoise. Les raisons sont multiples: avantages environnementaux évidents, besoin de réduire les embouteillages sévères sur nos routes, coûts élevés des infrastructures routières... Il semble donc que la nécessité d'investir dans les transports en commun n'est donc plus sujet de débat. L'objectif étant bien sûr d'inciter de plus en plus de monde à utiliser les transports en commun au détriment de la voiture. Par contre, la stratégie pour assurer son développement et sa croissance, elle, a certainement besoin d'être rectifiée.

Publié le 22 oct. 2010
Luc Arbour<br><br><i>L'auteur réside à Lorraine, dans la couronne Nord de Montréal.</i>

De plus en plus, le besoin d'investir et de développer les transports en commun fait l'unanimité dans la population québécoise. Les raisons sont multiples: avantages environnementaux évidents, besoin de réduire les embouteillages sévères sur nos routes, coûts élevés des infrastructures routières... Il semble donc que la nécessité d'investir dans les transports en commun n'est donc plus sujet de débat. L'objectif étant bien sûr d'inciter de plus en plus de monde à utiliser les transports en commun au détriment de la voiture. Par contre, la stratégie pour assurer son développement et sa croissance, elle, a certainement besoin d'être rectifiée.

Mon étonnement vient des moyens proposés par un très grand nombre de groupes de pression et de la plupart des dirigeants de l'AMT afin d'atteindre ces objectifs de croissance d'utilisation des transports en commun. Plutôt que de proposer l'amélioration du service, des horaires et de la qualité de l'expérience du transport en commun, le discours dominant parle plutôt de restreindre la fluidité déjà fortement réduite des principaux accès routiers qui permettent d'accéder à Montréal.

La discussion entourant le réaménagement de l'échangeur Turcot est un très bel exemple de cette vision: en rendant la vie difficile aux automobilistes (et du même coup aux transports des marchandises), ils n'auront pas le choix de se tourner vers les transports en commun. À voir l'état de la circulation pour accéder à l'île de Montréal le matin et pour en sortir le soir, on constate qu'il y en a encore beaucoup qui résistent. Est-ce que quelqu'un à l'AMT s'est sérieusement posé la question: pourquoi?

Moins pire en auto

Pour en avoir parlé avec beaucoup d'automobilistes, et après avoir expérimenté personnellement la chose, la réponse est simple: parce que c'est encore moins pire dans mon auto. Dans mon auto, je peux écouter la radio, j'ai l'air conditionné, j'ai plus de flexibilité pour partir et revenir à l'heure que je désire, etc. Malgré tous les inconvénients liés à l'utilisation de l'auto pour accéder à Montréal, il semble que cette expérience, pour un très grand nombre de personnes, est supérieure à l'expérience liée à certains types de transport en commun. Voici quelques exemples: la chaleur suffocante dans le métro et les autobus l'été (rappelons que Michel Labrecque, président de la STM a récemment balayé du revers de la main la possibilité de climatiser le métro), le manque criant de places dans les stationnements incitatifs pour les trains de banlieue (gare de Rosemère, gare de Deux-Montagnes, métro Montmorency...), horaires mal adaptés aux travailleurs avec des heures irrégulières, pannes régulières et retards fréquents du métro et des trains. Je pourrais bien sûr continuer de cette façon encore longtemps, la liste est longue.

La stratégie qui vise à rendre les déplacements quotidiens en auto le plus désagréable possible afin de forcer les gens à prendre le transport en commun doit cesser.

De toute façon, il semble que la capacité du réseau à recevoir une clientèle supplémentaire est très limitée, du moins à certains endroits précis. Déjà, plusieurs stationnements incitatifs sont pleins, des trains de banlieue sont bondés et forcent les gens à rester debout de longues minutes, aux heures de pointe le métro est lui aussi bondé, laissant de plus en plus de voyageurs sur le quai. L'expérience est donc très souvent décevante, sinon désagréable.

La qualité de l'expérience

La solution se trouve ailleurs. L'AMT doit suivre l'exemple des grandes marques du monde qui afin de susciter l'essai, l'adoption et la loyauté des consommateurs pour un produit ou un service (Apple avec ses iPod, iPad, iPhone), et donc miser sur la qualité de l'expérience que vivent les utilisateurs: air conditionné dans le métro et les autobus, horaires mieux adaptés, stationnements incitatifs plus grands, fiabilité plus grande du réseau, plus de places assises, ne sont que quelques éléments qui me viennent en tête. L'AMT doit offrir une option de qualité aux automobilistes de façon à assurer une migration volontaire et massive de ces derniers vers les transports en commun. Et arrêter de souhaiter, comme c'est le cas aujourd'hui, que les automobilistes fassent ce choix par dépit.

Depuis trop longtemps, le même débat en matière de développement urbain et plus particulièrement sur l'aménagement des infrastructures routières fait rage, ce qui mène tout droit à l'immobilisme, comme en fait foi les tergiversations entourant l'aménagement de la rue Notre-Dame et le nouvel échangeur Turcot. Deux visions s'opposent, une pour la réduction de la fluidité et une autre pour une augmentation. Le gouvernement et l'AMT doivent, s'ils sont sérieux en matière de développement et du rôle accru du transport en commun dans la société québécoise, s'assurer d'investir massivement dans les infrastructures et la qualité du transport en commun au Québec et plus particulièrement à Montréal.

Vaut-il mieux investir massivement dans les transports en commun ou continuer à construire de nouvelles routes et des ponts qui coûteront à long terme beaucoup plus, notamment en matière environnementale?