C'est avec beaucoup d'émotion, qu'au nom de mes collègues députés et ministres du début des années 1970, je me présente à ce micro pour témoigner du  grand respect que nous avions tous pour Pierre Laporte et du souvenir ému que nous conservons de lui.

Publié le 20 oct. 2010
Raymond Garneau<br><br><i>L'auteur a été ministre dans le gouvernement de Robert Bourassa de 1970 à 1976.*</i>

C'est avec beaucoup d'émotion, qu'au nom de mes collègues députés et ministres du début des années 1970, je me présente à ce micro pour témoigner du  grand respect que nous avions tous pour Pierre Laporte et du souvenir ému que nous conservons de lui.

Pierre était un homme généreux toujours disposé à aider ses collègues qui sollicitaient ses avis. Il avait une vaste expérience de la vie parlementaire. Il était un «debater» fougueux, mais toujours respectueux de ses adversaires. Il connaissait ses dossiers et savait les défendre avec compétence. Son départ dans des conditions tragiques fut une lourde perte pour tous.  

J'ai encore présent à la mémoire la séance du Conseil des ministres tenue le soir de l'enlèvement du diplomate britannique, James Cross. Je m'étais rendu à la réunion quelques minutes à l'avance. Pierre était déjà arrivé, mais il était seul dans la salle.

Je le saluai, mais il ne me répondit pas, préoccupé qu'il était par la lecture d'un document qu'il fit glisser vers moi dès qu'il en eût terminé la lecture. C'était le manifeste du FLQ.

Je ne sais pas combien de fois, depuis le geste ignoble posé par Paul et Jacques Rose, cette scène m'est revenue à la mémoire. Encore aujourd'hui, 40 années plus tard, je revois Pierre assis à la table du conseil des ministres absorbé par la lecture du manifeste du FLQ.

Le rappel du 40e anniversaire des événements d'Octobre et de l'assassinat de Pierre a donné lieu à des interprétations surprenantes de l'histoire de cette époque. Plusieurs médias y sont allés de reportages dont certains étaient, à mon sens, grossièrement inappropriés.

Voir Paul Rose, un assassin, interviewé candidement comme s'il avait été un acteur innocent de la crise d'Octobre m'a profondément blessé.

Voir Paul Rose, un meurtrier, sur les ondes de la Société Radio-Canada causer de la crise d'Octobre comme s'il avait participé, par hasard, à un fait divers était pour le moins insultant.

Pour plusieurs, le 40e anniversaire des évènements d'Octobre 1970 est devenu l'occasion de réécrire l'histoire, pour d'autres celle de se disculper au point où, parfois, en écoutant des reportages, j'avais l'impression que la victime était devenue l'agresseur et l'agresseur était devenu la victime.

Je faisais partie du gouvernement qui, à compter du 5 octobre 1970, a dû gérer une crise sans pareille tant au Québec qu'au Canada. Combien de fois me suis-je posé la question suivante: «Aurait-on pu sauver la vie de Pierre Laporte»?

Certes, dans la quiétude d'un salon ou d'une salle de nouvelles, il est facile de réécrire l'histoire, mais ceux qui étaient aux postes de commande devaient prendre les décisions avec les éléments d'information dont ils disposaient.

Quarante ans après, en mon âme et conscience, je n'ai toujours pas trouvé une réponse apaisante à ma propre question.

James Cross disait le jour de sa libération: «Pourquoi Pierre Laporte est-il mort et moi je reste vivant : je ne le sais pas.»

Peut-être que la réponse à ma question et à celle de James Cross, c'est le fils de Pierre Laporte qui l'a le mieux articulée à l'occasion de sa participation à une émission radio  intitulée Les enfants de la crise d'Octobre. Essentiellement, voici ce que disait Jean Laporte à toute fin de l'entrevue: «La crise d'Octobre a aidé le Québec à enlever un fléau qui grandissait et elle a sans doute mis un terme à une révolution potentielle. Le décès d'un homme aura sans doute servi le Québec et ramené la stabilité au Canada et au Québec.»

Quelle abnégation et quelle générosité de sentiment exprimée par un fils qui a tellement souffert de la perte dramatique de son père. Pierre Laporte aurait été très fier de son fils.

Ce socle de granit que nous inaugurons aujourd'hui demeurera à jamais le souvenir impérissable de Pierre Laporte, un homme courageux, un citoyen éminent de la ville de Saint-Lambert, un grand Québécois et un grand Canadien.

* Ce texte est celui de l'allocution que l'auteur a prononcée dimanche dernier, à Saint-Lambert, à l'occasion du dévoilement d'un monument rendant hommage à Pierre Laporte.