On apprenait sur Cyberpresse que la commission scolaire des Premières-Seigneuries a effectué un sondage auprès de 114 décrocheurs de moins de 16 ans afin de mieux comprendre les raisons qui les ont poussés à quitter l'école. L'étude bat en brèches certains préjugés. Le manque de motivation et l'absentéisme sont deux facteurs importants qui expliqueraient le décrochage scolaire. Suivent les difficultés scolaires.

Mis à jour le 19 oct. 2010
Luc Papineau

L'auteur est un enseignant.

On apprenait sur Cyberpresse que la commission scolaire des Premières-Seigneuries a effectué un sondage auprès de 114 décrocheurs de moins de 16 ans afin de mieux comprendre les raisons qui les ont poussés à quitter l'école. L'étude bat en brèches certains préjugés. Le manque de motivation et l'absentéisme sont deux facteurs importants qui expliqueraient le décrochage scolaire. Suivent les difficultés scolaires.

Les raisons du genre l'intimidation, l'influence négative des amis, le manque d'intérêt, le manque d'implication des parents dans leur vie scolaire arrivent en bas de liste.

Les jeunes décrocheurs affirment aussi qu'ils pouvaient facilement trouver un adulte à qui parler à l'école et qu'ils avaient un cercle d'amis. On est donc loin de l'image de l'individu solitaire et rejeté, bien que ces jeunes participaient rarement aux activités de leur école.

Les jeunes décrochent-ils parce qu'ils ne comprennent pas ce qu'on leur enseigne? En classe, j'ai remarqué que mes élèves qui comprennent ce que je leur enseigne sont plus motivés, ont soif d'apprendre, de relever de nouveaux défis.

Par contre, si je laisse ceux qui éprouvent des difficultés scolaires baigner dans leur jus et échouer devant des évaluations qui deviennent finalement pour eux insurmontables, ils se découragent et font rarement les efforts pour s'en sortir. C'est alors que - comme bien des enseignants - je ne compte pas mon temps et j'interviens pour les obliger à travailler en récupération. Et se produit parfois un phénomène intéressant qui se résume à cette phrase d'un élève: «C'est l'fun d'apprendre quand tu comprends!»

Près de 60% de ces jeunes décrocheurs étaient en adaptation scolaire. Aucun n'a redoublé. A-t-on trop attendu pour intervenir? Devrait-on davantage dépister de façon précoce les difficultés d'apprentissage des jeunes, comme c'est le cas en Finlande? Oui, oui, la Finlande: LE pays modèle en éducation. Un pays où on ne lésine pas dans les moyens mis en oeuvre pour aider les jeunes en difficulté.

Chose certaine, il y a de quoi à être découragé quand on prend connaissance de cette cause concernant des parents qui poursuivaient le MELS et les commissions scolaires - dont celle des Premières-Seigneuries - à l'effet qu'ils ne donnaient pas des services adéquats à leur enfant. Dans La Presse, on pouvait lire: «Le MELS plaidait au contraire que le droit à une éducation gratuite et aux services d'éducation doit s'exercer en tenant compte de différents facteurs, dont les ressources humaines, financières et matérielles. Et les commissions scolaires affirmaient qu'il serait impossible de dépister la dyslexie dès la maternelle chez tous les enfants, car aucun test reconnu scientifiquement ne permet de conclure à la dyslexie et qu'à l'heure actuelle, cette déficience ne peut être reconnue qu'après deux ans d'entraînement à la lecture.»

Pour le juge qui a entendu les parties et rejeté les prétentions des parents, «la question de savoir quels services doivent être offerts aux élèves relève du milieu politique et ne doit pas être tranchée par un tribunal puisqu'il n'y a pas discrimination».

Ce qui revient à dire que certains commissaires vont pouvoir continuer à jouer au golf et à boire du vin à nos frais, que certaines directions d'école et certains administrateurs pourront toujours se réunir à Bromont, que les dédoublements administratifs ne seront pas remis en question. Bref, on va continuer à manquer de fric pour effectuer un travail convenable dans nos écoles et auprès des jeunes, mais personne au niveau politique ne semble comprendre qu'il faut revoir nos façons de faire et de gérer.

On ne manque pas d'argent en éducation au Québec: on le dépense mal. Voilà la vérité. Et il y a des gens en place qui ne veulent pas soulever cette question par peur de perdre leurs privilèges ou par crainte du changement.

Ah oui! En Finlande, LE pays modèle, il n'y a pas de commission scolaire et la structure bureaucratique n'a rien à voir avec celle, obèse et inefficace, du Québec. C'est à se demander qui manque de motivation: nos jeunes ou certains de ceux qui gèrent l'appareil éducatif québécois?