Avec tout ce que j'entends dans les médias depuis quelques années, la pédagogie apparaît comme une science innée dans la population québécoise. Après tout, elle se compose de beaucoup de parents qui éduquent leurs enfants. Enseigner, ça doit être la même chose! Pourtant, ce n'est vraiment pas le cas. L'enseignement en milieu scolaire n'a rien à voir avec l'éducation familiale, même s'ils sont étroitement reliés.

Publié le 13 oct. 2010
Laurence Phillipson

L'auteur est finissante au baccalauréat en enseignement primaire. Elle réside à Laval.

Avec tout ce que j'entends dans les médias depuis quelques années, la pédagogie apparaît comme une science innée dans la population québécoise. Après tout, elle se compose de beaucoup de parents qui éduquent leurs enfants. Enseigner, ça doit être la même chose! Pourtant, ce n'est vraiment pas le cas. L'enseignement en milieu scolaire n'a rien à voir avec l'éducation familiale, même s'ils sont étroitement reliés.

On entend beaucoup de commentaires négatifs et pessimistes sur l'éducation au Québec. On se sent alors obligés de s'en mêler, car on veut tous des élèves experts en français, chevronnés en mathématiques, cultivés dans tous les domaines et surtout, diplômés! Soyons raisonnables. L'éducation est politique; le ministère choisit alors la voix des électeurs avant celles des experts. Il faut arrêter. Imaginez la situation catastrophique engendrée si tout le monde se mêlait de la santé, de l'économie ou de l'environnement. Au lieu de nous dire quoi faire, demandez-nous plutôt ce que vous pouvez faire pour nous aider.

Le mot compétence est presque tabou aujourd'hui. Pourtant, qui ne désire pas un entrepreneur compétent, un médecin compétent, un comptable compétent, un avocat compétent, un vendeur compétent? Il faut comprendre que l'approche privilégiée pour les compétences ne se fait pas au détriment des connaissances. Un élève sachant par coeur ses règles d'orthographe pourrait écrire un texte absolument catastrophique sur ce même plan orthographique. Connaître la règle, ne signifie pas la comprendre, ni l'appliquer et encore moins l'utiliser dans la vie courante. Un élève compétent en écriture se sera rendu jusqu'à la dernière étape. Il est en de même pour toutes les autres matières. On instruit, puis on qualifie les élèves. On trouve aussi du temps pour les socialiser et en faire des individus respectueux capables de vivre en société. On développe même leur autonomie, leur créativité et leur esprit critique.

Pourquoi alors les élèves ne réussissent-ils pas? La réforme ne peut pas être considérée comme le seul facteur d'échec et le retour en arrière, comme le seul remède miracle. Comment nos élèves peuvent-ils réussir s'ils ne reçoivent pas l'appui qui leur est nécessaire, si l'école est dévalorisée, si les enseignants sont dénigrés, si la langue française qu'ils côtoient tous les jours est pauvre, incorrecte et inadéquate, s'ils ne sont pas stimulés, s'ils ne vont plus au musée, s'ils ne découvrent plus le monde, s'ils sont ballotés d'une famille à l'autre, s'ils ont faim, s'ils ont de la difficulté à se concentrer, s'ils sont sous-estimés et évalués à la baisse, s'ils sont traités d'ignorants sur toutes les tribunes, s'ils ont peu d'estime d'eux-mêmes, s'ils sont stressés à s'en rendre malades, s'ils vivent le rejet, s'ils sont victimes de violence, s'ils se droguent, s'ils s'ennuient à mourir en classe, s'ils détestent la matière enseignée, s'ils ne sont pas curieux? La liste est évidemment plus longue. Pensez-vous réellement qu'un bulletin chiffré réglera le problème?

À chacun ses compétences

L'éducation de nos jeunes, c'est l'affaire de tous, mais dans les limites des compétences de chacun. Encouragez le gouvernement à exiger des employés qualifiés et compétents, à se fier aux experts, à consulter directement le milieu pour trouver les besoins manquants appropriés, à écouter vos opinions ou vos inquiétudes et leur donner un suivi pertinent et concret, à investir dans la prévention, dans la sensibilisation, dans le soutien aux parents, aux enseignants, aux professeurs, à enrichir et redorer les établissements d'enseignement, à soutenir les élèves et les étudiants dans le besoin et à vulgariser l'information qu'il communique pour qu'elle soit compréhensible et accessible à tous.

Encouragez la réussite des jeunes en les soutenant, en les valorisant, en vous engageant, en les motivant, en utilisant un français correct tant à l'écrit qu'à l'oral, en stimulant leur curiosité intellectuelle, en leur proposant des lectures intéressantes, en les corrigeant et en les poussant à se dépasser. Encouragez la profession enseignante. Encouragez les intervenants. Encouragez ce qui se fait de bien dans votre entourage. Mobilisez-vous. Mais faites-le comme il le faut.

Je ne termine pas en vous souhaitant un bon matin; même si l'usage est de plus en plus courant, c'est un calque de l'anglais. À tous, je vous dis bonjour.