M. Dubuc, je suis de celles que vous avez aimablement qualifiées, dans votre chronique, de filles en maillot de bain tout juste bonnes à attirer l'oeil des caméras. Devrais-je en être vexée? Je ne crois pas. Et, étant de bonne foi, je conviendrai avec vous de l'effroyable complexité de l'enjeu énergétique mondial.

Mireille Fournier<br><br><i>L'auteure est une étudiante de 17 ans qui réagit à la chronique d'Alain Dubuc intitulée «L'effroyable complexité des choses», qui a été publiée le 15 septembre.</i>

M. Dubuc, je suis de celles que vous avez aimablement qualifiées, dans votre chronique, de filles en maillot de bain tout juste bonnes à attirer l'oeil des caméras. Devrais-je en être vexée? Je ne crois pas. Et, étant de bonne foi, je conviendrai avec vous de l'effroyable complexité de l'enjeu énergétique mondial.

Seulement, de dire qu'un enjeu est complexe pour ensuite le résumer en une chronique d'une page, cela s'appelle le simplisme des journalistes. Des experts parfaitement capables d'exposer l'enjeu, aussi complexe soit-il, étaient là ce dimanche, pour la manifestation contre les accords signés au congrès mondial de l'énergie. Mais vos collègues, journalistes scrupuleux, ont préféré interviewer des filles comme moi, à moitié nues et couvertes de cette amusante substance qu'est la mélasse. Il est là, le simplisme des médias.

J'espère que vous en conviendrez avec moi, l'intégrité intellectuelle est une qualité rare, mais elle existe dans vos sphères autant que dans les miennes. Car le simplisme militant que vous dénoncez si promptement se marie harmonieusement avec celui que pratiquent trop souvent ceux qui sont chargés de transmettre leur message à la population. Ce que j'ai vu dans votre texte, non pas concernant l'enjeu lui-même, mais bien le monde du militantisme, est une généralisation que je trouve légèrement indigne de votre rôle de «régulateur de l'opinion populaire», rôle absolument important s'il en est un.

Mais c'est sans doute le simplisme qui me pousse à insister sur le fait que l'enjeu militant reste de prouver aux gens, gens qui se sentent démunis devant l'ampleur du changement social à accomplir, que l'action à petite échelle présente des résultats concrets. Que l'action populaire, mêlée à quelques galons de mélasse, suffit à atteindre mortellement l'image des magnats tout-puissants du pétrole, image qui, je n'ai pas besoin de le signifier, vaut des millions sinon des milliards de dollars. Elle est là, la complexité de l'enjeu militant que vous semblez abhorrer avec tant d'indifférence: dans l'atteinte de l'imaginaire populaire pour créer le changement social et culturel dont vous parlez si abstraitement...

Une photo ne change rien, dites-vous. Il n'est pas faux de dire qu'à court terme, les pétrolières ne cesseront pas leurs actions meurtrières parce que mon corps englué aura été exposé au monde. Mais qui sait : les prochaines élections, les futures décisions du gouvernement, la pression de la communauté internationale... Historiquement, la pression populaire a maintes fois occasionné de grands changements. Et il faut que ça marche, une fois de plus. Car les gens comme moi, qui n'ont pas le loisir d'avoir une chronique pour s'exprimer, n'ont pas d'autre option que d'utiliser d'autres voies.