Nous consommons toujours plus d'énergie. Il est prévu que la demande augmentera de 40% au cours des 20 prochaines années. Les principales sources d'énergie sont le charbon, le pétrole et le gaz, pour 80% du total consommé. La croissance de l'économie, particulièrement des pays émergents, est la grande responsable de cette augmentation. Il faudra investir des milliards pour éviter la pénurie.

Publié le 20 sept. 2010
Philippe Faucher

L'auteur est professeur au Département de science politique et chercheur associé au Centre d'études et recherches internationales de l'Université de Montréal (CÉRIUM.ca).

Nous consommons toujours plus d'énergie. Il est prévu que la demande augmentera de 40% au cours des 20 prochaines années. Les principales sources d'énergie sont le charbon, le pétrole et le gaz, pour 80% du total consommé. La croissance de l'économie, particulièrement des pays émergents, est la grande responsable de cette augmentation. Il faudra investir des milliards pour éviter la pénurie.

Les producteurs d'énergie et les fabricants d'équipements exultent: ils devront développer des technologies plus performantes et plus propres, renouveler les infrastructures désuètes et toujours creuser et forer davantage. Préserver l'environnement est un défi et ouvre des perspectives d'affaires très intéressantes. Le capitalisme prospère alors que la planète étouffe. Malgré l'urgence climatique, il n'y a pas eu beaucoup d'annonces de renouveau dans les propos entendus au Congrès mondial de l'énergie la semaine dernière.

Pour stimuler l'activité économique, les gouvernements subventionnent la consommation d'énergie et les entreprises qui la produisent. À Caracas, le gallon d'essence coûte moins de 10 sous. En Inde, le charbon se vend pour la moitié du prix international de référence ; c'est la principale source (54%) d'énergie de ce pays. La politique de stimulation de la demande ne se limite pas aux pays en développement. Les subventions accordées au gaz sont responsables en Europe d'un accroissement de la consommation de l'ordre de 30 milliards de mètres cubes. On pense aussi à l'électricité du Québec. Au total, selon une agence des Nations Unies, la consommation d'énergie est stimulée au coût de 300 milliards de dollars en subventions et exemptions fiscales, dont la plus grande partie va aux hydrocarbures.

Donc, les gouvernements stimulent l'activité économique en subventionnant l'énergie. La croissance qui en résulte entraîne à son tour une augmentation de la consommation énergétique. Résultat, il faut toujours plus d'énergie et la demande augmente plus vite que la croissance. Pendant ce temps, le tiers le plus pauvre de la population mondiale n'a pas accès à l'électricité. Il est plus que temps de revoir ce modèle qui mène droit à la catastrophe.

La révolution des dernières années vient, aux dires de Peter Voser, PDG de Royal Dutch Shell, de l'exploitation des gaz de schiste. Compte tenu des innovations technologiques, les réserves connues exploitables pourraient durer 200 ans. L'augmentation de la production, jointe à la récession, a fait chuter le prix du gaz de moitié, c'est une mauvaise nouvelle pour l'éolien. Des formations gigantesques de schistes gaziers longent la chaîne des Appalaches du Tennessee jusqu'à la vallée du Saint-Laurent. Les formations géologiques s'appellent Devonian, Marcellus et Utica. Sur une carte, vue au kiosque d'un éditeur spécialisé, les points de forage de la formation Marcellus, colorés en rouge, étaient si rapprochés qu'ils couvraient entièrement la Pennsylvanie, s'étendaient sur une partie de l'État de New York et se dirigeaient en rangs serrés en direction du Québec.

Les hydrocarbures domineront encore pour longtemps le bilan énergétique mondial. À l'horizon de 2050, il est prévu qu'ils représenteront encore 70% de la consommation énergétique. Le scénario de base prévoit qu'en 2030, la voiture électrique ne représentera que 9% de la flotte de véhicules légers. Ces prévisions ont sans doute inspiré cette perle de vérité teintée d'arrogance du président de l'ARAMCO, la grande compagnie pétrolière d'Arabie Saoudite, quand il a déclaré: «Sans nous, le monde serait immobile.»

L'industrie est engagée dans une course à l'efficacité. Innover est une obligation pour produire davantage, mieux exploiter la ressource et améliorer les infrastructures de transport et de distribution. L'environnement est un défi - les ingénieurs s'épanouissent devant les défis - alors, on développe des technologies pour capturer le gaz carbonique, vitrifier les déchets nucléaires et brûler le charbon proprement. Mais l'innovation doit aussi venir des gouvernements dont les régulations imprévisibles et incohérentes nuisent à la capacité de prise de risque des investisseurs.

Au bilan de ce congrès: transformer le système énergétique ne peut pas venir des entreprises ou des gouvernements. Greenpeace aura le dernier mot. Il va falloir forcer la machine et imposer aux décideurs l'obligation morale d'agir. Steven, passe-moi la mélasse!