Jean-Jacques Rousseau (malgré tout le respect que je dois à ce brillant philosophe, auteur prolifique de l'Émile ou de l'Éducation, notamment) avait tort. On le sait aujourd'hui. Non, le petit de l'homme ne naît pas bon, il le devient. Il arrive au monde avec toute l'agressivité et la colère inhérentes à sa condition. C'est la société avec ses balises, ses cadres, son enseignement, qui le rend bon. Nous naissons avec des besoins égocentriques, narcissiques et des comportements agressifs, que nos parents d'abord, nous apprennent à contrôler ou à réfréner, s'il y a lieu.

Marie-Danielle Lemieux<br><br><i>Résidante de Granby, l'auteure est étudiante au doctorat à l'Université Laval.</i> CYBERPRESSE

Jean-Jacques Rousseau (malgré tout le respect que je dois à ce brillant philosophe, auteur prolifique de l'Émile ou de l'Éducation, notamment) avait tort. On le sait aujourd'hui. Non, le petit de l'homme ne naît pas bon, il le devient. Il arrive au monde avec toute l'agressivité et la colère inhérentes à sa condition. C'est la société avec ses balises, ses cadres, son enseignement, qui le rend bon. Nous naissons avec des besoins égocentriques, narcissiques et des comportements agressifs, que nos parents d'abord, nous apprennent à contrôler ou à réfréner, s'il y a lieu.

Nous n'avons qu'à observer les petits à la garderie qui se poussent, se mordent, pour comprendre que nous aurons à leur enseigner des conduites prosociales. L'école instruit et socialise. Le milieu apprend à l'enfant à réprimer son agressivité.

Mais alors, pourquoi certains réussissent-ils à se contrôler, à partager, à vivre en harmonie alors que d'autres échouent lamentablement et se retrouvent quelques années plus tard à poser des actes criminels?

C'est à cette épineuse question que j'aie consacré mon été avec l'éminent professeur Égide Royer, spécialiste des jeunes ayant des problèmes émotionnels ou comportementaux.

Cet expert, reconnu dans toute la francophonie sur la question, avait été invité à prononcer la conférence d'ouverture aux États généraux sur la sécurité à l'école en France en avril dernier.

L'école a un rôle social très important à jouer en matière de violence et il est urgent que le personnel scolaire puisse acquérir les connaissances et développer les habiletés pour prévenir et traiter la violence à l'école. L'amélioration de la formation des enseignants, incluant les directions d'école, est déterminante.

Les conduites agressives sont au coeur des préoccupations des enseignants et les directions d'école doivent gérer quotidiennement l'indiscipline. Pourtant, ils n'ont reçu que très peu de formation pertinente (30 heures sur une formation de quatre années) pour composer avec ces incivilités et surtout apprendre à les prévenir.

Les jeunes criminels peuvent-ils tous être réhabilités? Autre question extrêmement intéressante, mais permettez-moi de revenir sur ce qui a pu précéder ces gestes criminels.

Qu'est-ce que l'on a fait avec ces jeunes quand ils se sont désorganisés à l'école? Quand ils n'ont pas respecté les consignes ou quand ils ont fait de l'intimidation sur la cour d'école? Quand ils se sont opposés, peut-être parce qu'ils ne comprenaient pas les consignes de l'enseignant? (il y a un lien très étroit entre les problèmes d'apprentissage et de comportement). Quand ils ont refoulé leur colère pour la nième fois parce qu'on venait de les suspendre ou de les expulser de l'école? L'école venait de retrouver sa sécurité, mais c'est la société qui se retrouvait soudain plus inquiète. De la nécessité d'encadrer dans l'école, plutôt que dans la rue.

Car, 80% de tous les crimes sont commis par des jeunes qui ont abandonné l'école.

Depuis 15 ans, réforme ou pas, le taux de décrochage est resté le même: 35% des jeunes (en majorité des garçons) n'obtiennent pas leurs diplômes d'études secondaires. C'est énorme et cela a des conséquences désastreuses sur leur avenir et pour la société.

À l'école, la violence verbale précède toujours la violence physique. Il faut l'arrêter. Être violent, c'est un symptôme, ce n'est pas un syndrome. C'est manifester que quelque chose ne va pas.

À 5 ans, je peux changer le comportement d'un enfant, à 15 ans, je ne peux que l'améliorer. D'où l'extrême importance d'intervenir tôt. Sans intervention, cette violence risque de s'aggraver. Les petits des humains ont besoin de vivre dans une routine. Leur développement en dépend. Une bonne gestion de classe peut faire toute la différence pour ce jeune qui entre à l'école. Cinquante-neuf chances de développer un trouble grave de la conduite contre seulement trois pour l'élève qui a reçu un encadrement clair, constant, cohérent et prévisible au primaire.

Bien sûr, il ne s'agit pas de remettre l'entière responsabilité des gestes violents aux écoles. Les causes sont multifactorielles: personnalité, famille chaotique, parents ayant peu d'habiletés parentales, exposition répétée à la violence, pauvreté, divorce, consommation. Tous ces facteurs peuvent influer, mais l'école a aussi un très grand rôle à jouer auprès de ces enfants vulnérables qui n'ont pas toujours eu la chance de recevoir un encadrement adéquat, la sécurité, l'attachement et l'affection nécessaires à leur développement.

Mais on remet rarement en question la qualité des services offerts à l'école et la pertinence de certaines approches plus répressives qui relèvent plus du contrôle que de l'éducation.

Ces jeunes aux comportements dérangeants n'ont pas choisi d'être ainsi. Les rendre responsables de leurs conduites et les blâmer n'est pas une solution. C'est cette micro-société qu'est l'école qui doit aussi leur apprendre à développer des liens d'amitié, à gérer leurs émotions, à régler les conflits et à exprimer leurs besoins pacifiquement. Ils ont besoin d'aide, de modèles positifs et d'encadrement bienveillant et chaleureux.