Les médias empruntent l'expression «saga» pour parler du dossier du remplacement des voitures de métro, probablement parce que le processus est long et fastidieux. Nous comprenons très bien cela, car nous sommes au moins autant, sinon plus impatients d'acquérir nos nouvelles voitures pour répondre à la croissance de l'achalandage. Il y a maintenant plus de quatre ans que le projet est lancé.

Publié le 14 juill. 2010
Yves Devin<br><br><i>Directeur général de la Société de transport de Montréal.</i> LA PRESSE

Les médias empruntent l'expression «saga» pour parler du dossier du remplacement des voitures de métro, probablement parce que le processus est long et fastidieux. Nous comprenons très bien cela, car nous sommes au moins autant, sinon plus impatients d'acquérir nos nouvelles voitures pour répondre à la croissance de l'achalandage. Il y a maintenant plus de quatre ans que le projet est lancé.

Alors que la STM préparait la mise en place d'un bureau de projet pour remplacer ses voitures dans le cadre d'un appel d'offres, le gouvernement du Québec, qui finance ce projet à hauteur de 75%, demande à la STM en mai 2006 de négocier de gré à gré avec Bombardier. Cependant, Alstom dépose en juin 2006, à l'encontre de la STM et de Bombardier, une requête en Cour supérieure pour contester cette négociation de gré à gré. En janvier 2008, le tribunal rend sa décision et déclare que la STM doit procéder par appel d'offres. Le gouvernement impose alors la condition d'un contenu canadien de 60% pour sa participation au financement du projet.

En juillet 2008, la STM lance un appel d'offres conforme aux exigences du gouvernement. Bombardier et Alstom, jusque-là rivaux, deviennent des alliés au sein d'un consortium et déposent en décembre 2008 une proposition unique. Non seulement cette dernière n'est pas recevable mais, en plus, le prix demandé est beaucoup plus élevé que la moyenne du marché.

Vu l'échec de l'appel d'offres, le gouvernement accepte en avril 2009 que la STM négocie avec le consortium, mais encadre cette négociation. Il oblige la STM à informer l'ensemble des manufacturiers internationaux des changements substantiels éventuellement apportés par la négociation aux conditions de l'appel d'offres.

Les négociations débutent en mai 2009. Le consortium allègue l'impossibilité de réduire son prix, mais prétend pouvoir le faire pour une commande plus importante. Le gouvernement et la STM conviennent de reprendre les négociations sur la base d'une augmentation de la quantité de voitures à fournir. L'ampleur du contrat envisagé passe ainsi de 342 à 765 voitures, avec des options pour 288 voitures additionnelles. En décembre 2009, les parties arrivent à convenir d'un projet d'entente.

Étant donné les changements substantiels apportés au contrat, notamment par l'augmentation de la quantité de voitures, la STM doit, ainsi que l'exigent les conditions établies par le gouvernement, publier un avis d'intention sur le marché international afin de permettre à toute entreprise ayant la capacité requise de faire connaître son intérêt.

Deux sociétés se manifestent : Construcciones Y Auxiliar De Ferrocarriles S.A. (CAF) et la Société Locomotive Électrique ZhuZhou CSR. Cette dernière est informée que la STM ne donnera pas suite à son expression d'intérêt puisqu'elle ne propose que des voitures sur roues de fer, ce qui contrevient à une exigence fondamentale. Pour ce qui est de l'expression d'intérêt de CAF, elle est soumise à l'analyse d'experts internes et externes qui doivent vérifier si elle répond aux critères prescrits.

Les experts opérationnels, techniques et financiers de la STM ainsi que ceux de SNC-Lavalin, Tecsult et Dessau s'appuient sur leurs propres études et analyses ainsi que sur le rapport de deux firmes indépendantes reconnues dans le monde pour conclure que CAF a démontré son « entière conformité » aux exigences applicables. En conséquence, le conseil d'administration de la STM a décidé hier d'enclencher sans délai le processus d'appel d'offres. Il est prévu que ce dernier pourra être lancé sur le marché international dès l'automne.

Ce qu'il faut rappeler dans ce dossier, c'est que la STM a travaillé de concert avec le gouvernement du Québec. Ce faisant, elle a respecté et a suivi avec rigueur le processus mis en place pour acquérir de nouvelles voitures de métro modernes, fiables et au juste prix.