«Au Québec la critique est impossible.» C'est ainsi que s'exprimait un Français rencontré à Paris, il y a quelques années, après avoir fait des études au Québec. Celui-ci n'avait pas tort. On aime bien se faire dire que nous sommes beaux et gentils, que nous sommes appréciés, dynamiques et créatifs. Bref, tant que le regard est positif, il y a aucun problème.

Mis à jour le 13 juill. 2010
Jean-François Lessard

L'auteur enseigne la pensée politique à l'UQAM.
LA PRESSE

«Au Québec la critique est impossible.» C'est ainsi que s'exprimait un Français rencontré à Paris, il y a quelques années, après avoir fait des études au Québec. Celui-ci n'avait pas tort. On aime bien se faire dire que nous sommes beaux et gentils, que nous sommes appréciés, dynamiques et créatifs. Bref, tant que le regard est positif, il y a aucun problème.

En fait, les Québécois s'imaginent manquer tellement de reconnaissance, qu'en général ce n'est pas «la visite» qui nous offre ses compliments, c'est plutôt nous qui les quémandons dès leur arrivée: «C'est beau le Québec, hein?» Il est ainsi difficile pour un étranger, dans de telles conditions, d'émettre ne serait-ce que le début d'un commentaire nuancé.

Dans cette société encore tricotée serré et frileuse, même par temps de canicule, les propos du réalisateur Jacob Tierney (La Presse, 6 juillet) dérangent. Qu'a-t-il dit de si offensant? Simplement que les minorités étaient absentes du cinéma québécois. M. Tierney n'a fait qu'énoncer un fait, une vérité.

Les propos du jeune réalisateur, qui est pourtant un Québécois, et de souche puisque né ici, viennent de blesser dans leur amour-propre certains gardiens du temple. Le résultat est qu'une mentalité d'assiégé refait encore surface. Le cinéaste Hugo Latulippe (La Presse, 7 juillet 2010) va même jusqu'à soutenir que si les anglophones ou les immigrants ne sont pas suffisamment intégrés à la société québécoise pour percevoir que Luc Picard incarne «le Québécois», c'est qu'ils sont peut-être «coincé[s] dans une manière de voir la société qui tient du racisme ou du manque d'ouverture. Il y a aussi une responsabilité de l'immigrant, qui consiste à épouser le monde dans lequel il arrive».

Voilà un bel exemple de démagogie. La responsabilité serait seulement d'un côté: aux nouveaux arrivants de s'adapter. Qu'ils ne s'attendent pas à ce que le cinéma québécois contemporain rende compte de la réalité actuelle du Québec. On est en droit de se demander à quoi sert l'art cinématographique si ce n'est de raconter une époque avec ses grandeurs et ses misères, avec également les divers acteurs qui forment cette société.

Malheureusement, avec une telle mentalité, le message envoyé est qu'il n'y a pas de place pour ceux qui ne font pas partie de la majorité. De plus, on mélange pas mal de choses: être membre d'une minorité ne signifie pas être un immigrant. Montréal regorge d'individus membres de communautés minoritaires, mais qui sont nés ici, quelques fois depuis plusieurs générations. Ceux-ci sont absents de notre cinéma et encore trop peu présents à la télévision (presque toujours confinés à des rôles de second plan). Le racisme ne consiste pas à revendiquer une meilleure représentation de la réalité québécoise, il se trouve plutôt chez les gardiens du temple qui ne veulent absolument pas s'adapter à leur époque, car le statu quo les privilégie injustement. Bref, une situation passablement honteuse.