Les anciens nous ont appris que la politique appartient à la res publica, à la chose publique. Permettez que les électeurs vous interpellent à même la tribune publique pour discuter à l'occasion du bien commun avec vous.

Mis à jour le 7 févr. 2010
Daniel Hardy

L'auteur est un intégrateur multimédia et monteur numérique de Saint-Bruno-de-Montarville. Il signe une lettre ouverte adressée au premier ministre Jean Charest.

Les anciens nous ont appris que la politique appartient à la res publica, à la chose publique. Permettez que les électeurs vous interpellent à même la tribune publique pour discuter à l'occasion du bien commun avec vous.

J'ai été fort étonné, lors de votre séjour en Inde, par une position que votre gouvernement a endossée, que je juge intransigeante, et qui s'inscrit en faux par rapport aux valeurs progressistes que chérissent les Québécois. Je fais ici allusion au dossier de l'amiante produit au Québec et à sa vente à des industries indiennes.

La communauté scientifique internationale a pourtant unanimement conclu à la dangerosité de l'amiante pour les travailleurs qui y sont exposés. Les études l'attestent. Vous le savez. Le sachant également, les travailleurs indiens de l'amiante vous ont donc interpellé pour vous faire connaître leurs inquiétudes, leur mécontentement à l'endroit de l'utilisation de l'amiante sous forme de fibre, qui menace leur santé.

Les médias ont rapporté que vous avez fait fi des griefs émis à votre endroit, à l'endroit de votre gouvernement et envers l'industrie québécoise de l'amiante. Vous avez conclu que l'amiante ne représente pas un risque suffisant pour la santé des travailleurs indiens pour l'interdire, et que si risque il y a, celui-ci doit être assumé entièrement par l'industrie indienne, à qui revient le devoir de prendre les mesures adéquates pour assurer la santé de ses travailleurs.

J'avoue être surpris de vous voir camper dans cette position. Je n'aurais pas cru possible qu'un premier ministre québécois, qu'un gouvernement québécois, puisse en arriver un jour à faire preuve de cynisme et de mauvaise foi au point d'en éprouve une honte. La partisanerie en politique est un mal qui en atténue la grandeur sans pour autant détourner l'électeur de celle-ci. Cependant, il est parfois des décisions politiques à ce point étrangères au sens commun que celui-ci se révolte dès qu'il en prend connaissance.

Le gouvernement Harper nous a ainsi habitués, de même que celui de Bush, au mensonge, à l'arrogance, à la fermeture d'esprit, bref au manque de civisme, voire carrément d'humanisme. En revanche, je me suis toujours plu à penser le Québec comme étant une société plutôt égalitaire, plutôt progressiste, plutôt juste, plutôt solidaire, un peu à l'instar des pays scandinaves, réputés pour l'importance qu'ils accordent au bien-être du citoyen et à l'épanouissement de l'être humain. Or, la façon cavalière avec laquelle vous avez mené ce dossier en Inde me déçoit, me répugne même.

Il y a quelques jours, vous avez désavoué les propos du ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, jugeant qu'il faisait de la «désinformation» sur la position du Québec en attaquant la politique environnementale du Québec. Vous avez dit être «étonné et déçu». Sans doute considériez-vous son intervention comme un coup en bas de la ceinture, indigne d'un honnête politicien.

Sentez maintenant l'indignation que peut ressentir l'honnête citoyen de la Belle Province quand son premier ministre, emblème du Québec et des valeurs québécoises à l'étranger, se permet de faire de la désinformation au sujet de la toxicité de l'amiante et se montre aussi peu empathique à l'égard des récriminations des travailleurs qu'il va visiter.

Vous vous rendez dans la plus grande démocratie du monde pour consolider et favoriser les échanges commerciaux entre le Québec et l'Inde. Or, la meilleure voie pour nouer des relations cordiales et positives entre les travailleurs d'ici et ceux de là-bas est avant tout de se montrer réceptif à leurs demandes, d'être soucieux de leur santé, bref de les traiter avec le même respect que vous souhaiteriez vous voir traiter. Vous avez représenté les citoyens du Québec là-bas. Cependant, je juge qu'en ce dossier bien précis, vous nous avez mal représentés, vous avez desservi nos intérêts. C'est l'image du Québec qui a été ternie en réponse au préjudice que vous continuez à faire subir aux travailleurs de l'amiante et à leur famille.

Je vous invite à bien vouloir reconsidérer votre approche dans ce dossier et à agréer aux revendications des travailleurs indiens de l'amiante en arrêtant la vente d'amiante québécois à l'Inde et aux pays en voie de développement. Ne pourrait-on pas envisager une solution de rechange à l'amiante? Le génie québécois n'a-t-il donc pas un matériau de remplacement qui pourrait être vendu à cette puissance économique montante qu'est le tigre indien? Veillez au bien-être de son partenaire économique, lui proposer une expertise de pointe plutôt que des technologies désuètes, se montrer généreux et respectueux à son égard, n'est-ce pas là les meilleurs atouts que le Québec possède pour assurer la viabilité de son économie en terre indienne, en plus d'afficher les valeurs humanistes qu'il défend?

M. le premier ministre, je vous prie de croire au plus profond respect que j'ai pour la fonction que vous assumez, contre vents et marées. Sachez vous montrer à la hauteur que commande votre fonction. Le bien commun repose entre vos mains.