La diaspora haïtienne revendique à bon droit d'être associée de près à la reconstruction d'Haïti comme un acteur de première importance. Cela rejoint d'ailleurs les voeux du premier ministre haïtien, qui lors de son passage à la conférence de Montréal, a déclaré considérer la participation de la diaspora comme une de ses priorités.

Mis à jour le 29 janv. 2010
Gabriel Laroche<br><br><i>L'auteur est un économiste retraité de la fonction publique du Québec.</i>

La diaspora haïtienne revendique à bon droit d'être associée de près à la reconstruction d'Haïti comme un acteur de première importance. Cela rejoint d'ailleurs les voeux du premier ministre haïtien, qui lors de son passage à la conférence de Montréal, a déclaré considérer la participation de la diaspora comme une de ses priorités.

Cela recoupe, au moins en principe, celle de tous les acteurs internationaux (experts, organisations internationales ou États) impliqués dans la situation haïtienne, et conscients de l'énorme réserve de qualifications, de capacités et d'expérience dans les domaines les plus divers que cette nombreuse diaspora a accumulées au long des décennies.

Pour ne citer qu'un seul exemple, le rapport récent d'une des organisations internationales les plus prestigieuses et les plus crédibles, The International Crisis Group, fait de la diaspora haïtienne le fer de lance de sa stratégie de rénovation et de développement du pays. Ce rapport s'intitule d'ailleurs Construire la paix en Haïti: inclure les Haïtiens de l'extérieur.

De nombreuses raisons peuvent être invoquées pour justifier la participation active de la diaspora au sauvetage d'Haïti. Mais il y a une raison particulière que nous voulons souligner ici et à laquelle on n'a pas suffisamment prêté attention: elle consiste dans le fait que la diaspora est de loin le premier bailleur de fonds de l'économie haïtienne, loin devant l'aide étrangère, toutes provenances confondues.

Si c'est en raison et à proportion de leurs déboursés (et c'est bien le cas) que les donateurs insistent pour être partie prenante à la gestion de la reconstruction, alors la diaspora est tout à fait qualifiée pour être considérée, elle aussi, comme un interlocuteur majeur.

Selon les résultats d'une enquête récente de la Banque interaméricaine de développement (BID) publiés en 2009, les transferts directs des Haïtiens de l'étranger vers leurs proches restés au pays, se chiffraient à 1,65 milliard $ US. Si l'on ajoute les dons en nature, le montant total des aides avoisinerait les 2 milliards, ce qui équivaudrait à près de 30% du produit national brut du pays.

En comparaison de cette donnée, l'ensemble des montants reçus au titre de l'aide publique au développement se chiffrait en 2008 à 912 millions $ US, selon les chiffres de l'OCDE, soit moins de la moitié de l'aide fournie par la diaspora. Encore que 2008 est une année faste sans précédent en matière d'aide, et que cette dernière avait cru pour cette seule année de 28,5% par rapport à l'année précédente.

En ce qui concerne la provenance des transferts, les citoyens canadiens d'origine haïtienne y contribuaient pour 230 millions, loin évidemment derrière les États-Unis (qui contribuaient pour 1,17 milliard).

Maintenant, afin de mettre les choses en perspective, il est intéressant de noter que le total des déboursés du Canada en Haïti se chiffrait à 107,3 millions pour l'année 2007-2008, selon les chiffres de ACDI. L'engagement du Canada programmé pour la période de cinq ans allant de 2006 à 2011 se chiffre à environ un demi-milliard, exactement 555 millions, toujours selon les propres chiffres d'ACDI.

Le fait est que, à cause de l'extrême parcimonie des ressources propres d'Haïti, on peut, avec des montants relativement peu élevés, peser d'un poids considérable sur son destin. Pour éviter toute confusion, est-il besoin de souligner l'évidence à savoir que ces chiffres réfèrent à la réalité d'avant le tremblement de terre? Depuis lors, les repères courants en ont été complètement bousculés, de sorte que l'aide canadienne depuis le 12 janvier a pris une tournure extraordinaire et une ampleur devant lesquelles on ne peut que s'incliner.

La diaspora haïtienne a donc des titres solides pour prétendre à participer de façon active et significative à la reconstruction qui se profile, en partenariat avec le gouvernement canadien qui a démontré avec beaucoup d'éclat sa solidarité et sa compassion à l'égard du peuple haïtien. Depuis de longues décennies, la diaspora n'a cessé de se porter au chevet du peuple haïtien à concurrence d'importantes injections financières, prélevées sur l'ordinaire de citoyens simples et modestes pour la plupart, à coups de sacrifices et de privations sans nombre. La diaspora a donc déjà payé plusieurs fois son ticket d'entrée à la grande concertation rassemblant les acteurs majeurs de la reconstruction du pays natal sinistré.

Cependant, déjà bien avant la catastrophe, nombreux étaient ceux qui réalisaient que l'aide des Haïtiens devait dépasser le stade de la survie et trouver des mécanismes pour en faire un outil conscient et maitrisé de contribution au développement du pays. La catastrophe historique du 12 janvier leur donne l'occasion de progresser dans ce sens et rend encore plus impérative la nécessité d'une participation active et volontariste au sauvetage du pays.

C'est pourquoi cette diaspora espère trouver compréhension et soutien auprès du Canada qui fait montre d'un grand leadership dans cette cause, pour être associée en véritable partenaire, au triple point de vue conceptuel, stratégique et opérationnel, à l'ouvrage gigantesque de reconstruction qui s'annonce. Reste à trouver la formule et les mécanismes qui devraient être mis au point de concert avec les représentants de la diaspora.