«Vendre son corps»... Une expression que nous servent ad nauseam les opposants à la décriminalisation du travail du sexe, nous prouvant ainsi tout le mépris qu'ils ressentent envers nous, travailleuses du sexe.

Ariane Valmont

«Vendre son corps»... Une expression que nous servent ad nauseam les opposants à la décriminalisation du travail du sexe, nous prouvant ainsi tout le mépris qu'ils ressentent envers nous, travailleuses du sexe.

Pourtant, moi qui suis directement concernée puisque je suis escorte indépendante depuis maintenant trois ans, je n'ai jamais eu l'impression de vendre mon corps à qui que ce soit. Je fais un métier que j'aime et que j'ai choisi.

Les hommes que je rencontre dans ce cadre sont pour la plupart respectueux et soucieux que je me sente à l'aise avec eux. En tout temps, je suis celle qui détermine les limites de notre rendez-vous.

Mon corps n'appartient qu'à moi et ce que j'offre à mes clients, ce sont des services érotiques teintés de tendresse et de chaleur humaine. Nous sommes loin de l'image sordide et dégradante que certains croient représentative d'une réalité qu'ils ne connaissent pas ou partiellement.

La violence faite aux travailleuses du sexe existe bel et bien, on ne peut ni ne doit le nier. Mais quelles en sont les causes réelles? Le discours à la mode est de blâmer les clients, de les présenter comme des êtres immoraux ayant peu de scrupules alors que dans les faits, on parle ici très souvent de votre frère, votre ami, votre collègue, votre voisin, votre mari, des citoyens respectables qui ne cherchent qu'à s'offrir de simples moments de plaisir en agréable compagnie.

Il y a cependant de ces gens pour qui les travailleuses du sexe sont des catins sans âme prêtes à tout pour quelques dollars et, malheureusement, ils ne se gêneront pas pour les traiter comme des sous-humaines s'ils en ont l'occasion.

Mais à qui la faute? Est-ce vraiment le travail du sexe comme tel qui provoque cette réaction ou plutôt la représentation que la société fait du travail du sexe? Criminaliser les travailleuses du sexe revient à les marquer au fer rouge, les identifier comme des parias, des femmes de «mauvaise vie».

Cela entraîne une série de conséquences: agressions, services essentiels refusés ou bâclés, nécessité de s'isoler de la communauté, obligation de réclamer sans cesse le respect et d'affirmer sa dignité... Et si on choisit plutôt de criminaliser les clients, le message qu'on envoie est clair: les travailleuses du sexe ne sont que de pauvres victimes incapables de démêler ce qui est bien de ce qui est mal, de choisir ce qui est le mieux pour elles-mêmes. D'une façon ou d'une autre, on contribue à cautionner une certaine forme de violence – qu'elle soit physique ou psychologique – en les présentant comme des êtres humains de seconde classe.

Trois femmes ont décidé de s'opposer à cette tyrannie en défendant leurs droits ainsi que ceux de leurs clients devant la Cour supérieure de l'Ontario. Elles ont pour nom Valerie Scott, Terri-Jean Bedford et Amy Lebovitch. Je lève mon chapeau devant tant de courage. Leur combat ne fait que débuter, car il y a beaucoup à faire. Les préjugés sont ancrés solidement et ce sera un travail de longue haleine si on souhaite remettre en question les idées reçues.

En attendant qu'une pareille initiative juridique soit enclenchée au Québec, mon souhait le plus cher est que les médias d'ici donnent la parole à tous, défendeurs et opposants de la décriminalisation, et ce, sans parti pris. Laissez-nous la chance de vous démontrer que la réalité n'est pas toujours celle que vous croyez ou aimeriez croire.

L'auteure est une escorte indépendante.