La librairie de l'hôtel American Colony est une destination populaire chez les diplomates, les journalistes et les étrangers de passage à Jérusalem. Malgré cette notoriété, son fondateur pourrait être expulsé vers les États-Unis, bien qu'il soit né à Jérusalem.

Mis à jour le 2 avr. 2011
Janie Gosselin LA PRESSE

Munther Fahmi est assis devant la librairie du prestigieux hôtel American Colony, à Jérusalem-Est. Des gens viennent lui souhaiter bonne chance: le libraire attend une décision du ministre de l'Intérieur israélien pour savoir s'il pourra rester dans la ville sainte, où il est né. Ou s'il devra retourner aux États-Unis, qu'il a quittés il y a 17 ans.

M. Fahmi est né en 1954 dans la partie Est de la ville - alors sous contrôle jordanien. Comme la majorité des Palestiniens de Jérusalem, sa famille a refusé de prendre la citoyenneté israélienne quand cette partie a été annexée en 1967. M. Fahmi s'est donc retrouvé avec un statut de «résident permanent de Jérusalem».

Vers l'âge de 20 ans, il est allé étudier aux États-Unis. Il s'est marié et a obtenu la citoyenneté américaine.

Après les accords d'Oslo en 1993, il a décidé de rentrer au bercail. «Je croyais qu'il y aurait la paix», explique-t-il.

Comme plusieurs de ses compatriotes, il a alors appris qu'il avait perdu son statut de résident pour s'être absenté trop longtemps de la ville.

C'est donc muni d'un visa de touriste dans son passeport américain que Munther Fahmi est entré en Israël. Depuis 17 ans, il doit sortir du pays et y revenir pour renouveler son visa chaque fois qu'il arrive à échéance. «Ce n'est pas une vie, confie-t-il. Pour un visa de touriste, on ne sait jamais combien de temps ils vont nous accorder. Ils m'ont déjà donné un visa pour une semaine seulement.»

Décision demain

Il y a quelques années, il a entamé des procédures judiciaires pour retrouver son statut. Il a été débouté. Son dernier recours: une décision favorable du ministre de l'Intérieur, leader d'un parti ultra-orthodoxe. Son visa expire demain.

Une pétition en sa faveur lancée sur le web a recueilli plus de 1700 signatures. Les auteurs israéliens David Grossman et Amos Oz ont accordé leur soutien à Munther Fahmi, bien connu dans le milieu de l'édition. Sa librairie, qui tient des bouquins en anglais sur les sujets chauds de la région, est aussi un lieu de rencontre.

M. Fahmi n'a pas droit à la citoyenneté israélienne. Et même s'il y avait droit, il n'en voudrait pas. «Je ne veux pas une citoyenneté israélienne, et je ne veux pas une citoyenneté palestinienne non plus, explique-t-il. Je veux retrouver mon statut de résident de Jérusalem. Je suis né ici!»

Il n'a pas été possible d'obtenir de commentaire du ministère de l'Intérieur israélien.