«Je ne les aime pas, mais je les respecte. Ce sont de bons combattants», explique le sergent Wes Pennington. Nombre de soldats américains ayant affronté les talibans l'été dernier dans la province de Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan, pensent comme lui.

Marc Bastian AGENCE FRANCE-PRESSE

Dans ce bastion taliban, capital pour le contrôle du pays, les combats ont été très intenses depuis le printemps 2010, lorsque la force de l'Otan (Isaf) y a lancé une vaste offensive, jusqu'à la traditionnelle trêve hivernale.

La 101e Airborne (division aéroportée) du sergent Pennington y est déployée depuis fin juin 2010.

À son arrivée, «ça a été plus dur que prévu», admet le lieutenant-colonel David Flynn, qui dirige les troupes américaines dans la moitié ouest du district d'Arghandab, zone jamais conquise pendant l'occupation soviétique (1979-1989) et réputée tenue par les talibans depuis les années 1990.

Au début, il a trouvé ses adversaires «très prévisibles» et «très maladroits avec leurs armes», mais aussi «déterminés» et «très courageux».

«Nous les avons chassés», assure l'officier, après des combats très durs dans le bocage de Kandahar, un cauchemar de vergers touffus, de vignes et de champs entrecoupés de canaux d'irrigation.

Le capitaine James Thomasson se souvient, lui, du difficile été dans l'Argandhab et de grappes de mines artisanales - première cause de pertes au sein des forces internationales et afghanes - explosant sur plusieurs dizaines de mètres.

«On a beaucoup combattu, activant le système de défense de notre base deux fois par jour» jusqu'à l'automne, face à un ennemi n'ayant ni artillerie lourde, ni blindés, ni aviation, mais uniquement des kalachnikov, lance-roquettes, lance-grenades et mitrailleuses lourdes, explique-t-il.

Le sergent Hunter Wilke en a tiré quelques enseignements: «L'ennemi s'adapte très vite. Il manoeuvre sur vous plus vite que vous ne manoeuvrez sur lui, notamment en raison de tout cet équipement (environ 30 kg) qu'on a sur le dos. A cause de cela, les talibans nous appellent «les chameaux» sur les messages radio qu'on intercepte. Même des équipes de deux ou trois hommes peuvent être redoutables».

D'autant que les talibans ont bénéficié à partir d'août, des conseils de «quelques experts» apparemment venus du Pakistan tout proche: «Astucieux, ils savaient quelles étaient nos règles d'engagement, sans doute mieux que nous», lance en souriant le lieutenant-colonel Flynn.

«Chaque jour dans ce pays, les talibans mettent en échec la meilleure technologie du monde avec leurs moyens très limités», résume le sergent Pennington.

2010 a été l'année la plus meurtrière pour les forces internationales et la police et l'armée afghanes en neuf années de conflit.

En attendant une reprise des combats au printemps, que tous prédisent, dès que le paysage aura reverdi et offrira des cachettes aux insurgés, les rebelles de Kandahar pratiquent le «hit and run» («frappe et fuis»).

Ils tentent ainsi de «nous attirer dans des zones qu'ils ont saturées de mines artisanales», explique le sergent Zack Crawford: «Ils sont plutôt bons. On sait que si on court après eux, on va marcher sur une mine», ajoute-t-il.

«Ils sont intelligents. Le matin, l'un d'eux creuse un trou. Pendant la journée, un deuxième apporte la charge explosive. Le lendemain, un troisième vient brancher le détecteur de pression (détonateur). Et tout ça donne simplement l'impression d'un paysan travaillant dans un champ», note le capitaine Mike Cain.

Chassés du pouvoir fin 2001 par une coalition internationale menée par les États-Unis, les talibans mènent depuis une sanglante guérilla contre le gouvernement afghan et les quelque 140.000 soldats étrangers, dont 100.000 Américains, qui le soutiennent.