L'Iran a été écarté mercredi du conseil d'administration de l'ONU Femmes, la nouvelle agence des Nations unies consacrée à la condition féminine, alors que l'Arabie Saoudite, un autre candidat controversé, y a obtenu un siège.

Mis à jour le 10 nov. 2010
Pierre-Antoine Donnet AGENCE FRANCE-PRESSE

L'Iran n'a obtenu que 19 voix alors qu'il lui en fallait 28 pour faire partie des 41 pays membres du conseil d'administration de l'ONU Femmes. Onze pays asiatiques étaient candidats pour dix sièges au conseil. L'Iran est donc le seul pays à avoir été écarté pour ce groupe.

Cet échec cuisant est dû à l'entrée en course du Timor-Oriental à la fin de la semaine dernière, sur fond de polémique en raison de la politique de l'Iran à l'égard des femmes et du lobbying intense mené par des mouvements pour les droits de la femme.

Des diplomates ont souligné que l'entrée en scène du Timor-Oriental était destinée à barrer la route à l'Iran. Le Timor-Oriental a obtenu 36 voix.

«C'est une expression de désapprobation du bilan de l'Iran en matière de droits» de la femme, a souligné l'ambasadeur de Norvège Morten Wetland à l'AFP, expliquant que son pays avait soutenu le Timor-Oriental.

«Nous n'avons pas fait mystère de notre inquiétude que l'Iran rejoigne le Conseil de l'ONU Femmes. Cela aurait été un départ sous de mauvais auspices pour ce conseil», a déclaré l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU Susan Rice.

«L'Iran a un bilan catastrophique en matière de droits des femmes et c'est un pays qui s'est distingué en essayant de réprimer activement ces dernières années les voix qui en Iran s'élevaient pour promouvoir les droits des femmes», avait souligné Philippe Bolopion, un spécialiste de l'ONU à l'ONG Human Rights Watch.

De son côté, l'Arabie Saoudite était assurée d'obtenir l'un des deux sièges réservés aux nouveaux États donateurs de cet organe destiné à accélérer l'amélioration de la condition et des droits des femmes dans le monde, instauré en juillet dernier.

«L'Arabie Saoudite n'aurait pas dû être autorisée à entrer dans le conseil d'administration. Ils ont l'un des bilans les pires dans le monde en termes de droits des femmes», a ajouté M. Bolopion.

L'Iranienne Shirin Ebadi, prix Nobel de la Paix, avait qualifié mardi cette élection de «plaisanterie». «Je pense que ce conseil, avec les membres que l'on y voit maintenant, n'ira nulle part», avait-elle prévenu.

En Arabie saoudite, les femmes n'ont pas le droit de conduire un véhicule et ne peuvent pas prendre de décisions importantes dans la vie quotidienne sans la permission d'un proche masculin.

L'ex-présidente du Chili Michelle Bachelet, socialiste modérée connue pour son charisme politique, avait été nommée à la mi-septembre à la tête de l'ONU Femmes.

L'Assemblée générale de l'ONU, où siègent les 192 États membres, avait adopté à l'unanimité une résolution portant création de cette «entité de l'ONU pour l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes».

ONU Femmes, qui doit commencer à fonctionner le 1er janvier 2011, rassemble sous sa coupe les activités de plusieurs organes déjà existants concernant les droits des femmes.

Ainsi la Division pour l'avancement des femmes (DAW), fondée en 1946, l'Institut international de recherche et de formation pour l'avancement des femmes (Instraw, 1976), le Fonds de développement des Nations unies pour les femmes (Unifem, 1976) et le Bureau du conseiller spécial pour la parité des sexes et la promotion des femmes (Osagi, 1997) seront fusionnés dans la nouvelle entité.